L'oreiller

Laurent Hellot – 2015 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net/

Blanc, moelleux, duveteux. Rebondi et doux. Rassurant et dodu.

Un réconfort, un repos.

Une sieste à l’ombre d’un figuier. Une brise chaude qui caresse. Une cigale aussi.

Être étendue là, tranquille, sur l’herbe séchée, dans le jour déclinant.

Ne penser à rien qu’à soi.

Ne plus planifier chaque instant.

Adorer cet abandon, ce relâchement.

Étendre les bras alors, s’étirer. Sentir son corps vivant, fort, rassurant d’énergie. Lui parler, le remercier, du travail accompli, des épreuves surmontées. Entendre sa réponse, cette tendresse innée, cette fidélité immuable, avérée.

Et prendre le temps, avant de se redresser.

D’abord rouler sur le côté. Observer les fourmis qui s’agitent sur le sol surchauffé. Rire de leur frénésie. Puis poser un coude, tranquillement, sans se presser. Apercevoir alors l’olivier au loin, et ses branches bercées par le vent. Tourner la tête, pour essayer. Le moulin là-bas, et sa roue à aubes. Écouter le bruit de l’eau brassée, le mouvement fluide et lent. Et s’asseoir, en tailleur.

Se rendre compte de la chance inouïe d’être là, dans ce creux de vallée.

Oui, mais ils vont bien. Ils jouent dans la cour, à l’ombre fraîche de la ferme où tu les as laissés cette fois. Ces deux enfants, ces soleils, qui t’attendent sans urgence, conscients que le moment est pour toi, maintenant.

Alors tu peux te lever, pour marcher un peu. Sentir la terre sous tes pieds nus. Le sable entre tes orteils. Et rejoindre ce petit muret, de pierres sèches et de lichens.

S’y asseoir, les mains posées dessus.

Lever la tête soudain, au cri perçant entendu. Et le voir : cet oiseau formidable, cette envergure prodigieuse, ce ramage de feu.

Ce phénix. Cette nouvelle vie qui s’annonce. Ce bonheur mérité.

Et respirer enfin, vraiment. Régénérée.

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