La sirène

Laurent Hellot – 2015 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net/

Elle se présente comme dans les contes : le trident dressé, la couronne ceinte, la queue écaillée fouettant l’océan : une sirène, une vraie, et ça fait du bien de la rencontrer. Elle navigue, de ci, de là, sans se presser, mais pourquoi serait-ce le cas quand on a toute l’Éternité pour avancer ? Elle visite, elle baguenaude, elle se laisse flotter, à un rythme qui n’est pas celui des Terriens. Ça tombe bien, elle n’en est pas une : plutôt jupitérienne, s’il faut la nommer, mais cela n’a pas grande importance à ses yeux, tant le lieu et l’instant ne sont pas dans sa constitution. Elle se promène, elle visite, ce si petit pays qui se croit si grand, ces terres arides qu’elle n’aperçoit que de loin, quand les flots daignent la porter à hauteur de falaise, dans leur furie salutaire et le grand ménage qu’ils ont entrepris. Elle est belle, cela repose, elle est sereine, elle est rassurante, en fait. On a besoin de comme elle, de phare dans la tempête, d’îlot de sérénité, de curieuse aussi, bref, de visiteur bienveillant.


Alors que fait-elle là ? Elle n’est pas du genre à venir par hasard, parce qu’un couloir de lumière s’est ouvert un matin, si cela a un sens dans ses perceptions. Elle peut l’avouer ? Oui ? Elle cherche l’amour, du désir, du plaisir, tous ces petits riens qui ouvrent à si grand, toutes ces caresses qui font basculer dans l’infini, tout ce que la chair peut offrir de meilleur et de plus doux, pour le transcender, sans fin. En tous les cas, elle est bien tombée ici, elle a l’embarras du choix. Des grands, des beaux, des hommes, des femmes, elle peut jouer à foison, sans se presser, ils viennent à elle de toute façon, elle n’est pas sirène pour rien. Alors qu’elle en profite, qu’elle jouisse, qu’elle crie, qu’elle gémisse, toutes ces émotions qui lui font un si grand bien. Elle les a attendues si longtemps, car c’est bien beau, la pureté, tout cela, l’Amour, l’Âme, mais il y a un moment où il faut accepter de mettre les mains dans le cambouis pour saisir combien tout cela est lié.


Que dire de plus ? Pas grand-chose, si ce n’est qu’on pourrait être jaloux, si on s’autorisait, de tout ce qui l’attend, de bonheur et de joie, d’embrassades et de levers de soleil à deux. C’est beau, c’est simple, mais si difficile pour tant d’entre eux à réaliser. Pas pour elle, ça tombe bien, qu’ils la prennent pour modèle et sourient aussi, à son image, généreuse et pulpeuse, maternelle presque, si ce n’est que les histoires qu’elle va se raconter ne seront, vraiment, vraiment pas pour les enfants !


Enjoy, c’est mérité !

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