Le chien de fer

Laurent Hellot – 2015 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net/

Hérissé de piquants, gris, hirsute. Il est difficile de voir ses yeux, perdus dans ce métal dressé. Les crocs, en revanche, on les voit bien : blancs, pointus, entourant la gueule de cet animal infernal.
Pourtant, à bien y regarder, ce n’est pas une vision de Nosferatu, ni de Dante réunis. Car cette bestiole harnachée comme pour un combat dément, est minuscule, pas plus grande qu’une fourmi.

Alors pourquoi donc un tel attirail, si c’est pour effrayer les scarabées ?

Parce que la taille n’y change rien : la colère et le rage n’ont pas besoin d’une masse démesurée. Une fois installées dans leur niche, elles se contentent d’aboyer et de geindre, à la moindre incartade de joie et d’espoir, pressées de ruiner les efforts d’insouciance et de légèreté. 

Le plus dur maintenant est de s’en débarrasser. Non pas qu’il ne soit pas affectueux, au contraire. Ce canidé ronronnerait presque tant on le gave d’ondes néfastes et inaltérées. Justement, le délicat est d’arriver à assécher sa pitance, pour que de lui-même, il prenne le chemin de la liberté. Voilà en effet le premier animal domestique qui ruine l’habitat de son propriétaire, dont l’énervement et la frustration devant les dégâts causés ne font qu’empirer la situation.

Voici donc ce qu’il convient de faire.

D’abord, le distraire, car un tel monstre, tout effarant qu’il soit, est joueur, perpétuellement. Il faut donc lui lancer un os à ronger, une vieille rancune, un dossier moisi, tellement aggloméré qu’il en devient presque commun. Ensuite, on le regarde s’acharner dessus, le mordre à pleines dents, pour rien, en réalité, tant l’inanité de l’objet ne nous touche plus.
Ensuite, on le siffle, on interrompt sa danse de haine, et mort, après qu’il s’est bien épuisé. Et on lui envoie dans la gueule, un rayon rose et bleu.
Là, il ne va pas aimer, c’est sûr, il va se rebiffer et attaquer dare-dare la source de cette gaieté. Il n’y a pas à avoir peur, juste à s’écarter d’un pas et le regarder foncer dans cette source vive et claire, qui se cachait derrière soi.
Une gerbe d’eau et d’écume va accueillir son arrivée… et il n’y pourra plus rien. Son poids, ses piquants, tout ce métal de colère incarnée, toute cette rouille de haine rentrée, vont irrésistiblement l’attirer vers le fond. Ce qui faisait sa force va le noyer.

Et l’on pourra le contempler, sombrer corps et bien, tandis que du bouillement de sa disparition, jaillira un être de lumière et d’argent : l’espoir, enfin

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