Le denier

Laurent Hellot – 2015 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net/

Il est rond et doré, brillant et épais. Sa rassurante densité acte de la valeur qui lui est attribuée. Pourtant…
Il est fragile et facilement volé.
Il est petit et perdu si souvent.
Il est seul et ne peut se multiplier.

Ce denier mène le monde. Sa permanence est sidérante, à travers les générations. Il passe de main en main, et même d’ailleurs, n’existe plus en soi, un simple bout de papier en équivalent.

Alors pourquoi tant d’importance ? Pourquoi tant de prévalence ? Pourquoi tant de puissance ?

Parce qu’il fascine. Parce que dans ses reflets sont inscrites toutes les rages et les frustrations : de ne jamais en avoir assez, de vouloir tout accumuler, de s’endormir avec lui sous l’oreiller, pour être sûr de le retrouver au matin. Un doudou pour adultes, un animal de compagnie métallisé, une armure dans un petit cercle, contre la peur de la pauvreté, l’angoisse des lendemains, la garantie de la considération.

Absurde. Risible. Vain.

Ne voir le monde qu’à travers le prisme de cette monnaie est se condamner à la médiocrité. De son destin. De ses ambitions. De sa vie, en totalité.

Il n’est nul besoin de faire la morale pour le réaliser : l’or ne se mange pas, il crée un besoin inassouvi ; l’or ne réchauffe pas, il brûle les doigts ; l’or ne germe pas, il s’enterre dans des coffres-forts.
Et cela continue, encore et encore.

Des guerres, des viols, des déracinements, pour s’accaparer ce symbole dérisoire d’une richesse fourvoyée.

Il n’y a rien à faire, qu’à contempler ce petit peuple agoniser, sur son tas d’or, qui diminue inexorablement, qui assèche les lacs, les rivières, qui troue la Terre de mille blessures, qui forge le désespoir et l’ennui.

Faut-il aider ? Redire encore cette ridicule course à l’argent ? Il n’est plus temps, il est trop tard, ils n’apprendront jamais, à vouloir toujours plus, toujours mieux. Il ne reste que l’expérience de la douleur et de la souffrance subie, pour saisir, enfin, que le seul baume qui soigne vraiment, n’est pas ce métal froid, mais l’Amour qu’il n’incarnera jamais.

Tant pis pour vous.

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