Le squelette de Donald Duck

Laurent Hellot – 2015 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net/

Une caricature de canard. Des orbites vides et un chapeau bleu. Effrayant ? Même pas. absurde au possible, dans son apparition.
Il baille, il s’agite, fait s’entrechoquer ses os, dans une musique diabolique, de cliquetis et de chocs.
Il danse sur un rythme fou, de celui qui embrume le cerveau, paralyse la réflexions, abêtie les sens et invite à l’accompagner.
Il trémousse son croupion creux, ses palmes desséchées, ses ailes de trous. Il sautille disgracieux, ridicule et vain. À faire croire qu’il est vivant, parce qu’habité de soubresauts, de tressaillements.
Il va de tous côtés, à droite, à gauche, en avant, en arrière, pour donner l’illusion du mouvement, alors que ses gestes sont d’un comique macabre. Mais il ne sait faire que cela : la marionnette imbécile, l’agité du bocal, l’idiot utile, à fins de distraire les gogos de leur quotidien. Pour leur faire croire qu’il est un symbole à suivre et à imiter, l’aimable plaisantin qu’on aime bien.
Mais personne ne l’aime au fond. On le tolère, on le laisse vaquer à ses occupations. On lui trouve une place d’épouvantail, faute de mieux, dans ce cirque mercantile et sans fin.

Ce canard creux, cette girouette d’os bleue et blanche, est un derviche absurde qui nous ressemble tous : à courir sans arrêt, à prétendre incarner ce que l’on est pas, à battre les bras pour se croire actif et présent.
Alors que nous ne sommes que du vent qui tourbillonne, puis disparaît dans le levant.
Alors que nous ne sommes que des fourmis que la crue emporte et noie dans leurs galeries.
Alors que nous persistons à feindre le sens, dans une geste qui tient de la pantomime.

Puérils et petits. Minuscules et gênants. Embarrassants en tout, et aimables en rien.

De petits monticules animés. De tas de poussières brassées. Déjà entrés dans le néant de leur vivant, une prouesse en soi.

Il devient épuisant de vous aider, encore et encore, d’écouter vos soupirs et vos jérémiades, vos pleurs et vos effrois, vos si lamentables aspirations, vos misérables envies.

Grandissez ! Remplumez-vous ! Cessez d’être ces cartoons élastiques que rien ne relie à la Vie. Arrachez de vos visages ces sourires niais qui ne veulent rien dire et n’apportent rien.

Tramsutez-vous enfin, passez de la matière à la Lumière et vibrez sans fin.

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