La plume

Laurent Hellot – 2015 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net/

Légère, gracile, elle tournoie dans l’air agité. Elle s’élève, puis tombe, se reprend, et finit enfin par se poser. Ou plutôt flotter presque sur ce sol qu’elle semble hésiter à toucher.
Elle est grise et blanche, avec un fin duvet qu’un léger filet de vent agite doucement.

Et la voilà soudain repartie, à l’occasion d’une bourrasque, vers le haut de ce mur, qu’elle dépasse enfin, d’un simple soubresaut de rien. Puis elle se laisse planer, d’un coup abandonnée par son transport aérien, pour choir d’une traite sur du sable fin.

Du sable ? Et non plus du gravier ? Une blondeur chaude et non des cailloux froids ? La plume n’en revient pas, de l’issue de cette chute qui n’en était pas. Juste en s’abandonnant, juste en se laissant porter, elle trouve un nouveau paradis. Certes, le précédent n’était pas dramatique, mais par trop agité, et pour quel résultat ? Une instabilité de tous les instants.

La plume entreprend de compter la myriade de grains qui lui sert de tapis : brillant, menu, transparent ou blanc, il n’y en a pas un qui ne soit pas la beauté incarnée, et ensemble, tous, il offre une impression d’unité, d’une vaste cohésion accueillante et soignée. Un miracle de précision et de naturel aussi. Juste du sable pourtant.

La plume écoute alors le bruit qui lui parvient, discret. Un ressac, profond et régulier, celui de l’océan. Il brasse ces grains de lumière, il les mélange encore et encore, jusqu’à les polir, jusqu’à les bercer, jusqu’à leur offrir une parure sans équivalent, naturelle et précise aussi. Certains partiront dans le reflux, explorer les grands fonds, d’autres finiront dans le gosier d’un goéland, et d’autres enfin prendront la place de ceux emportés.

Un cycle, un renouveau, un commencement sans cesse réinventé.

La plume reçoit alors une goutte, puis une autre, et encore une autre aussi. Elle est trempée par cet orage inattendu. Elle ne ressemble plus qu’à un vieux chiffon rincé.

Apparaissent alors deux bottes, jaune canard. Taille 20. Et une main potelée qui la saisit. Et une petite voix : « Papa, papa, j’en ai trouvé une ! »
La plume est secouée dans tous les sens, brassée, à la fois réchauffée et pétrie. Quand la petite main s’ouvre à nouveau, voilà qu’elle n’est plus du tout cette espèce de résidu de chat mouillé, mais bien ce ramage moiré qui est le sien.
Et la petite fille de s’écrier : « Waaa, j’ai un trésor alors ? »

C’est ainsi. D’être ce que l’on doit. Sans chercher à s’imposer. Juste accepter que le cours de la vie nous révèle à nous-mêmes et aux autres aussi. Pour notre plus grand bonheur, et pour le nôtre surtout.

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