L'alezan

Laurent Hellot – 2015 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net/

Magnifique, à couper le souffle.

 

Regardez-le s’élancer sur la crête de cette colline, il ressemble à un éclair de lumière dorée, fusant sans interruption. Sentez le fracas de ses sabots qui frappent le sol, en un tremblement de Terre improvisé. Vibrez au souffle de son passage parmi vous, même à distance, vous ne pourrez en faire abstraction.

 

Ce destrier incroyable vient de traverser notre horizon, c’est une chance, c’est un privilège de l’observer. D’habitude, il se fond dans la forêt, il est insaisissable et fuyant. Là, il se dresse, avec fierté, devant nos yeux émerveillés.

 

Il faut s’imprégner de la vibration d’excellence qui diffuse autour de lui. Il faut s’envelopper de la douceur et de la force qu’impose son pas. Il faut tout arrêter, d’urgence, pour simplement le contempler.

 

Ce n’est pas un cheval, vous l’avez compris. C’est un mythe, une légende incarnée, un symbole frappant, à même de bouleverser les civilisations et les rois.

 

Cette bête trône au sommet de la Création, puissante et sereine, image parfaite de la destinée qui guide nos vies et les conduit sans coup férir à leur destination.

 

Personne ne doit oublier l’avoir croisé. Tous doivent le révérer. Il ne reviendra peut-être jamais, dans ce monde, dans cette vie. Il ne s’agit pas de lui offrir un culte sans objet, vain et creux, mais de percevoir la pulsation d’amour qu’il répand en notre sein, comme une clé qui ouvre toutes les portes, qui libère les peurs, les craintes, les doutes, pour les laisser s’envoler. Ce cheval les emportera ensuite au loin, pour les perdre dans les nuées, laissant soulagés nos âmes et nos esprits. Il a ce don, d’oubli et de pardon, de compassion et de bonté.

 

C’en est trop, tellement l’offrande est immense, bien loin de nos petits mérites, de nos infimes dignités. Lui n’en a cure, nous sommes tous égaux à ses yeux, miraculeusement. Tant de magnanimité est incompréhensible, nous ne justifions pas cela. Et pourtant…

 

À chaque fois qu’il revient, il sillonne notre petite Terre, à la recherche des égarés et des fous. Il les déniche, il les débusque, il les pousse ensuite, vers la lumière et le jour, pour que les scories de leurs malheurs se vaporisent à l’ardente lueur, pour que leurs oripeaux fondent à la chaleur, pour qu’ils se retrouvent nus et gais, dans cette renaissance proposée, afin de repartir de l’avant, de gagner les cieux, dans l’élan donné.

 

À chaque fois qu’il se manifeste, les démons et les loups se terrent, s’enfouissent au plus profond des Enfers, convaincus et persuadés qu’ils perdront le combat, s’ils osent l’affronter, ce qu’ils ne font jamais d’ailleurs, trop couards, trop corniauds, égaux à eux-mêmes.

 

À chaque fois qu’il apparaît, l’espoir renaît, la vie reprend, son droit et son chemin, vers la paix et l’amour, vers le calme et la sérénité, vers ce qui nous constitue, tous, atome après atome, grain après grain, cœur après cœur.

 

Cet alezan est une vague, purificatrice et immense, qui n’ignore personne et ne recule devant rien, emportant tout ce qui nous pollue dans son ressac bienfaisant. Elle berce, elle nettoie, elle irrigue et elle vivifie. Elle est la pluie bénie, l’onde féconde, le monde réinventé.

 

Cet être est un miracle. Cet être est ce que nous devrions, comprendre, ressentir, diffuser : de l’amour tout le temps, de la force parfois, mais de la fraternité surtout. Car nous ne sommes pas seuls, jamais. Nous sommes unis, solidaires et complémentaires. Nous sommes ses cavaliers, ses palefreniers, ses maîtres de carrousel. Nous sommes lui.

 

Beaux, emplis de joie et de confiance en la vie. Galopant vers l’avenir et criant notre bonheur d’exister, enfin.

 

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