Le dolmen

Laurent Hellot – 2015 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net/

Nul ne sait sa longévité, comme de bien entendu. Tous en revanche ont usé leurs culottes sur ses pierres moussues. Dame, il a toujours été là, de mémoires de petits et de grands, d’anciens et d’aïeuls, d’animaux ou de druides, de vouivres ou de fées.

Un mystère complet, voilà ce qu’il est.

Fascinant d’abord : une beauté brute, de celle qui ne se devine pas de prime abord, mais vous cloue sur place, quand vous l’approchez, tellement rayonne son éclat insondable. Une vibration pure, une pulsion primale, une évidence caractérisée.
Effrayant un peu : il est massif, il est impressionnant. Il semble devoir s’écrouler à tout bout de champ, menacer ruine si l’on s’y appuie, et pourtant, il ne vacille pas d’un cheveu, il perdure, inébranlable et sérieux.
Multiple ensuite : mélange de roches et de lichens, de murs et de trouées, de sols et de plafonds, il n’est jamais ce qu’il paraît montrer, à la fois abri et porte, monument et fusée. On ne sait plus si l’on doit entrer dedans, le regarder simplement ou grimper sur son dos.
Mirage surtout : il n’est pas ce dont il donne l’impression, loin s’en faut. Cachette à lutins, tremplins à fées, piège à touristes et balise ardente, il ne sera que ce qu’il daigne bien vous montrer.

Mais alors, que fait-il là, sur cette petite planète, en un sommet inattendu, en un gouffre sans fond, en une fenêtre ouverte sur l’Univers infini ? 

Cette question… Celle qui pourrait s’appliquer à toute la Création, à ses monts et ses vallées, à ses hommes, ses femmes, et ses enfants. Pourquoi cela devrait-il être si important, en soi ?

Qu’importe ce que l’on a été, d’où l’on vient, seul compte ce que l’on en fait. Ce moment, ce présent, cet instant.

Ce dolmen est offert, généreux, immuable repère. Il ne cherche pas à vous écraser de sa superbe, à vous confire la tête d’histoires sans fin et pourtant toutes avérées, et encore moins à se prendre pour ce qu’il n’est pas. Il est heureux d’assister à ce monde qui change, à ses nouvelles couleurs qui se mettent à briller, à cet espoir qui naît, enfin

que les guerres et les rancœurs passées soient oubliées dans le limon du fleuve de l’Histoire ;
que les ambitions malsaines et les plans foireux se compostent à ses pieds ;
que les fantômes errants retournent d’où ils sont venus, le néant ;
que les châteaux de sable redeviennent ce qu’ils n’auraient dû jamais cesser d’être : des jeux pour les enfants.

Ce dolmen est un rappel : du temps qui passe et des vies qui s’estompent ; du renouveau souhaité et des rêves à construire, comme ceux qui ont animé les bâtisseurs qui l’ont érigé.
Ce dolmen est un signal : qu’il importe d’ancrer ses actions dans la pérennité, sur des fondations solides, telles que celles qui l’ont maintenues et le maintiennent encore.
Ce dolmen est une chimère, la preuve que du granit et du marteau, peuvent sortir des étoiles de pierre, des dentelles minérales, des oiseaux statufiés.

Ce dolmen, c’est toi : un monument incontournable, mais qui ne s’impose pas ; un signal immobile et permanent malgré tout ; un message du passé parvenu jusqu’à nous.

Sauf que.

Tu n’en es qu’au début. Ce qui te paraît un aboutissement n’est que les prémices de ce qui s’annonce enfin. Ce qui te semble un don n’est rien que du travail, et c’est très bien ainsi. Il n’y a pas ceux qui peuvent et les autres, incapables manchots. Il n’y a que ceux qui osent et ceux qui ont peur : de leur ombre, de leur talent, du regard des autres sur leurs transformations.
Dans quel camp te sens-tu ?
C’est bien cela : il est temps d’avancer maintenant. De lâcher ces doutes et ces freins, ces angoisses et ces timidités

ET D’OSER ÊTRE TOI.


Tu verras, cela repose de ne plus servir de miroir aux envies d’autrui ; cela apaise de se retrouver en bonne compagnie : de sa conscience et de sa volonté ; cela vivifie de ne plus faire pour les autres, mais parce que tu adores cela et que le bonheur est à ce prix,

D’étreindre sans honte, mais sans vantardise, ce qui nous est donné ;
Et de l’offrir, simplement parce que cela nous convient ;
Et que le partage est la clé, de ce coffre où tu gardes enfouis tant d’autres trésors encore. Alors vite :

Va les chercher !

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