Le poteau

Laurent Hellot – 2015 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net/

En bois sombre, planté à la croisée des chemins, il dresse dans différentes directions des flèches impératives et figées. Il ne se soucie pas de qui les lira, il lui importe peu qu’elles ne servent à rien, se couvrent de mousse ou de pluie : il les maintient visibles, martiales et pointées vers des ailleurs qui ne sont pour le moment que des rêves éveillés.

 

En ce jour ensoleillé, une promeneuse est assise à son pied. Elle est lasse, elle est perdue, elle ne sait plus si elle veut continuer, ce trajet qui lui semble compliqué, cet objectif nébuleux, ces rencontres déplaisantes et répétées.

 

Elle a posé son sac, empli de bien trop d’objets, débordant presque de denrées et de souvenirs qui ne lui servent plus à rien. Elle se masse le dos, douloureux et blessé, par ce poids démesuré.

 

Elle ne sait plus quoi faire, ni par où commencer.

 

Peut-être, par entreprendre l’inventaire de ce chargement encombré, non ?

 

Empoigner ce gros livre de chevet, par exemple, cette somme d’évidences et de maximes dévoyées, pour le jeter dans le fossé et le laisser moisir ainsi.

 

Et saisir ce tas de lettres, d’amours périmés, de souvenirs gris, de pleurs pesants, et y mettre le feu, avec les allumettes qu’elle a aussi apportées.

 

Et attraper ce gros pull, ce passe-montagne, ce bonnet péruvien, et les laisser au sol pour que d’autres volatiles en fassent leur nid. Pour elle, ils ne servent qu’à la cacher, qu’à enfouir ses courbes délicieuses sous un informe galimatias.

 

Le sac est déjà plus léger ainsi, n’est-ce pas ?

 

Il reste encore ces poches qui débordent d’objets : couteaux pour se protéger, bijoux pour se déguiser, maquillage pour se farder… À la poubelle tout cela ! Au rebut ! Il n’est plus question de se camoufler, ni de sursauter à chaque bruit. Il est l’heure d’être soi, et de s’ouvrir aux opportunités ; non plus de s’en défier, de craindre chaque nouveauté.

 

Ah, et le plus important pour la fin : ces cartes-là, ces boussoles, ces gris-gris… Aux quatre vents ! Terminés les béquilles, les certitudes, les gourous ! Il est temps de se lancer seule à l’assaut du monde et de ses trésors offerts aux plus audacieux.

 

La jeune femme se redresse. Un rayon de soleil caresse son visage et ses grand yeux lumineux. Elle se lève, abandonnant son sac au pied de ce poteau tout droit. Elle regarde à droite, à gauche, puis se met à rire aux éclats. Elle se penche alors, et saisit un pissenlit, tout de boule et de duvet. Elle souffle dessus, et observe la direction prise par ces aérolites végétaux… et elle les suit.

 

Elle marche maintenant, légère et soulagée, vers ce qui l’attend plus loin : le meilleur, à n’en pas douter.

 

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