Le lutin rouge et vert

Laurent Hellot – 2015 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net/

Un œil rigolard et un bonnet rouge ; une taille de renard et des joues toutes rouges ; un drôle de petit bonhomme qui apparaît exactement, au détour d’un chemin, le vôtre précisément.

 

Il vous regarde sans peur, certain de la surprise, et curieux de voir aussi, votre réaction exquise. Il attend patiemment que vos yeux se décillent et reprennent conscience de ce qui se dessine :

 

la révélation qu’un autre monde se dévoile,

la rencontre qui va tout bouleverser,

vos certitudes bien ancrées,

vos évidences apprises par cœur,

votre vision de la Nature et vos nombreuses peurs.

 

Le lutin a bougé, vous pas du tout. Vous restez les pieds plantés dans la gadoue.

 

Il s’approche de vous, l’air de ne pas y toucher, mais il a en réalité, une bien précise idée :

 

vous baisser la pantalon,

vous chatouiller les fesses,

vous forcer enfin à la gentillesse.

 

Car là, eh bien, vous n’avez pas l’air glorieux : figé, abasourdi, l’air d’un pantin peureux. Tout ça pour un petit homme incroyable, qui accepte de vous saluer.

 

Le lutin est tout près maintenant, il peut vous attraper la main, et d’ailleurs il le fait.

 

Vous sursautez enfin, comme les doigts dans une prise, car vous réaliser soudain, que ce n’est pas une méprise.

 

Vous serrez cette paluche, douce et duveteuse. Vous souriez à votre tour, de cette initiative heureuse.

 

Vous êtes bien en fait, planté là dans ce bois, avec un lutin accroché à votre bras.

 

Vous sentez alors, toute une foule minuscule, qui applaudit bien fort, cette rencontre majuscule, ce véritable trésor,

 

entre un humain aveuglé, qui soudain voit ,

et un lutin apeuré, qui a franchi le pas.

 

Le temps pourrait s’arrêter, ce serait bien d’ailleurs, que cela ne changerait pas,

cette évidence qui vient, cette ultime événement,

que l’unité se fasse, entre tous les éléments,

les prétendus supérieurs, ces grandes giguasses d’humains,

les invisibles permanents, le petit peuple des champs,

les transparents et légers, les elfes et les fées,

les cachés et les doux, les gnomes et les fous,

 

tout cet univers énorme, qui n’a pas encore pris la forme,

 

d’une grande famille unie,

ce qu’elle est aujourd’hui.

Mais le temps viendra,

où cette union majuscule,

se fera ici-bas,

 

et ce jour-là, cette date attendue,

il n’y aura plus de peur, ni de malentendu,

juste l’évidence retrouvée,

que nous vivons à côté,

d’êtres qui sont incroyables,

pourtant sortis de fables,

que l’on croyait illusoires,

alors qu’elles ne faisaient rien

que nous montrer un miroir

avec un reflet sans fin,

 

le plus beau des spectacles, le plus charmant des tableaux,

 

l’Humanité mélangée, et tous, tous, très beaux.

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