Le sac d'or

Laurent Hellot – 2015 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net/

Il est entrouvert légèrement, juste assez pour laisser luire les pièces dorées. Il est posé là sur ce sol gravillonneux, comme s’il avait été oublié. Quiconque passerait à sa portée serait saisi

 

de curiosité de le voir ainsi relégué,

 

de tentation de se l’approprier,

 

d’angoisse de se le faire voler.

 

Un sac de rien, de cuir et de lacets, qui soudain agite la contrée de bruissements incessants. Un insignifiant objet qui va devenir la cause de toutes les spéculations. Un terrible catalyseur, de tout ce que l’homme a de mauvais.

 

Regardez-les maintenant, se presser en foule alentour.

 

Contemplez ces yeux cupides et ces tremblements de possession.

 

Avisez cette tension qui grimpe soudain, jusqu’à l’explosion.

 

La ruée, la curée ; la mêlée, l’empoignade ; la meute de loups qui va s’entredéchirer pour une proie qui les rend fous.

 

Ils se massacrent, ils se piétinent, ils se vautrent, ils s’assassinent,

 

pour ce petit tas de métal, pour ce menu fretin, qui n’existait pour personne quelques instants auparavant.

 

Et pendant qu’ils s’étripent avec les meilleurs résolutions, pendant qu’ils se bugnent avec application,

 

un renard, qui s’en vient.

 

Il jauge ce tas d’hommes empêtrés, il hume leurs sueurs acides, et il fouette de la queue sa désapprobation. Puis il file direct vers le magot.

 

Ne voilà-t-il pas soudain qu’il attrape le sac entre ses dents, avec fermeté, et se carapate dare-dare dans la forêt !

 

Le combat a cessé net. Il n’y a ni vaincu, ni vainqueur, seulement des lutteurs ahuris,

 

d’avoir été grugés par une bestiole de poils et de crocs,

 

d’avoir ainsi été mis en échec cuisant,

 

de devenir la risée de tout le pays.

 

 

Un sac d’or et un renard, qui s’en va l’enterrer bien profond dans son terrier.

 

Un sac d’or et un renard, qui nous font la leçon,

 

puisque nous sommes incapables de nous raisonner par nous-mêmes,

 

de grandir et de revenir sur Terre,

 

la seule, la vraie, celle qui nous nourrit, pas ces fantoches accessoires que nous considérons comme une richesse ;

 

vers cet abondant et prodigieux terroir, qui nous offre à manger et à boire,

 

les seuls et uniques besoins, qui valent la peine de tout faire pour les préserver, non pas pour nous, mais pour notre lignée,

 

pour qu’ils puissent dire après notre mort,

 

que nous avons su nous conduire en hommes dignes de respect.

 

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