Le paysage

Laurent Hellot – 2015 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net/

Un horizon vaste et dégagé ; pas un nuage dans le ciel bleu, juste quelques nuées dissipées.

Un sol coloré, de terre et de vallons herbeux ; un rivière étincelante sous le soleil blanc.

 

Il faut contempler ce havre de paix comme l’on se plonge dans une onde pure, après un long chemin : pour se régénérer, se ressourcer ; se laver des poussières et de la sueur ; se décrasser de nos larmes et de nos peurs.

Il faut s’asseoir alors, et choisir de ne plus bouger ; poser son sac et l’oublier dans l’instant ; laisser ses jambes pendre au-dessus de ravin, en battant des pieds : comme un petit enfant.

Il faut lever la tête aussi, à s’en tordre le cou, pour observer ces oiseaux blancs et gris qui tournoient au-dessus de nos vies ; et prendre conscience qu’ils ont toujours été là, même dans le brouillard, même dans la nuit, même dans le vent : nos craintes, nos espoirs, et notre soif d’azur surtout.

Il faut accepter de s’allonger enfin, et de se perdre dans les rêveries ; de celles qui nous font avancer, de celles qui nous égarent pour mieux nous retrouver.

Il faut sourire encore, à toutes ces images qui défilent, mélanges de songes et de réalités, de messages et fantasmagories.

 

Et il faut admettre que nous ne savons rien.

Du tout.

 

Que nous courons après du sens et des vérités. Que nous crions pour que l’on nous dise le chemin. Que nous rageons quand nous ne comprenons rien.

 

Mais ce n’est pas grave, ce n’est pas la fin : ce n’est que de l’orgueil boursouflé.

 

Il faut toujours revenir au début, au commencement de la vie, au creux de ce ventre rond. Ce petit être, ce presque ange, cet humain qui s’apprête à affronter une guerre nu comme  un ver et avec ses seules mains : c’est nous, et nous n’avons pas changé depuis.

Oui, nous avons des cartes et des boussoles ; mais ce ne sont que des outils pour nous rassurer un peu.

Oui, nous possédons des ordinateurs et des consoles ; mais ce ne sont que des objets qui nous égarent en leur sein.

Oui, nous voulons l’or et le miel ; mais il n’y avait rien de meilleur ni de plus essentiel, que le lait de sa mère, si généreuse, si belle.

 

Redevenons ce nouveau-né, ces semi dieux qui savions tout et que nous nous sommes empressés d’oublier,

à chercher du sens quand nous avons l’action,

à vouloir des réponses quand nous avons de la compagnie,

à exiger des explications quand nous avons l’Amour infini.

 

N’être rien de plus qu’ouvert à l’aventure, celle dehors bien sûr, mais celle en soi, surtout. Nous sommes des guerriers combattant le seul monstre que nous avons méprisé tout ce temps : nous-mêmes, alors qu’il ne demande rien d’autre que d’être considéré, pour ce qu’il est, pour ce qu’il veut,

notre attention, c’est tout.

 

Car lorsque nous aurons compris

 

qu’il n’y a pas de fatalité, mais des rappels à l’ordre,

qu’il n’y a pas de destin, mais des possibles en hordes,

qu’il n’y a pas de route, mais le plus grand désordre,

 

nous aurons gagné plus qu’une bataille, plus que toutes les guerres réunies.

 

Nous aurons gagné le Paradis.

 

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