Le chaudron magique

Laurent Hellot – 2015 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net/

Une forme bonhomme, un aspect cuivré : un bien bel ustensile pour cuisiner.

 

    Une anse solide, trois petits pieds : une assise solide pour partager. Alors comment se fait-il que ledit chaudron soit en ce moment posé de guingois sur un tas de bois ?  Ce n’est ni sa place, ni son objet. Ne serait-il pas temps de le remettre à mijoter, sur un feu de cheminée ?

 

Oui, bien sûr, il y a eu cette dispute, cette baston, qui l’a vu valdinguer au fond du salon. Mais bon, cela arrive parfois entre marmitons ; pas de quoi se faire la rate au court-bouillon !

 

Oui, certes, l’un des deux est confit dans des certitudes du passé ; mais l’autre n’est pas mal non plus, avec un carafon surdimensionné !

 

Oui, aussi, il y a belle lurette que cette histoire de recette aurait dû faire l’objet d’une discussion plus appropriée ; mais voilà, ni l’un, ni l’autre n’y était disposé.

 

Alors quoi ? On boude en boucle et on foire le repas ?


 

Ou on essaye de recoller les morceaux de ce plat éparpillé ?

 

D’abord, on considère à nouveau ce magnifique chaudron qui a ainsi fait l’objet d’un usage si peu approprié ; quand même, plus de mille ans qu’il affiche au compteur, le vénérable ! Il faudrait voir à mieux le considérer, sinon, c’est lui qui va vous rentrer dans le râble. En plus, n’est-il pas beau, même cabossé par vos imbécillités ? Il resplendit, il brille aussi, y compris du fond de ce gourbis où vous l’avez envoyé valser.

 

Alors l’un de vous deux va le trouver, l’empoigne sans hésiter et le brique, le frotte, l’astique, à le faire resplendir à nouveau.

 

Et l’autre, pendant ce temps, prépare la cuisine, rince tout à l’eau clair et attend l’arrivée du champion.

 

Ensuite ?


 

Comme vous le sentez !

 

Une soupe riche et goûteuse, aux petits oignons ? Parfait !


 

Un ragoût à faire saliver ! Trop bien, ça !


 

Ou un truc dingue : un peu d’alcool de prunes, deux/trois fruits confits, et alors là.... Santé !

 

Bref, vous vous bougez sinon, tout bougera sans vous : vous allez vous retrouver penchés dessus sans même comprendre d’où ça vient. On arrête ces gamineries d’un autre âge et on se réunit pour un joyeux souper ; peut-être que l’un fera une gueule de trois pieds de long et l’autre la conversation à sens unilatéralisé, mais au moins, les liens auront été renoués.

 

En plus, le chaudron aura servi à nouveau, de quoi recharger les provisions pour de nombreuses années, et diffuser des recettes à foison.

 

Après, si les deux cuistots veulent s’embrasser, ce n’est pas interdit aussi.

 

À vos fourneaux !

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