La trottinette

Laurent Hellot – 2015 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Elle n’a l’air de rien comme cela, repliée sous ce lit, mais elle pourrait en remontrer à bien des vélos, et des autos aussi.

 

D’abord, elle est minuscule, pratique et légère, comparée à eux. D’un geste, d’un mouvement, hop, elle se déplie et offre son assise réduite certes, mais solide, à qui le veut.

 

Ensuite, elle est inusable, ou presque. Peu d’entretien, de l’huile par ci, par là. Pas de garagiste, ni de courroie de distribution. Elle peut durer une éternité tant qu’elle n’est pas oubliée.

 

Car c’est bien le souci premier : sa discrétion. À force de se faire menue, elle finit par ne plus rien faire du tout. C’est dommage et bien mérité à la fois. Il y a en effet des moments où il faut porter de la voix et imposer sa singularité. Admettre et faire reconnaître ses qualités. Assumer et dispenser son autorité.

 

Trottinette ou pas, là n’est plus la question, mais bien de se faire respecter. La timidité n’a d’intérêt que dans les romans, pour faire durer les émois de la jeune première et le suspens éventuellement. Dans la vraie vie, il faut faire face, et sans crainte des quolibets, tant le temps est compté. À trop vouloir la jouer profil bas, on finit en dessous de tout, enterré même bientôt.

 

Il ne s’agit pas de claironner comme une nuée de pingouins que l’on a le droit d’exister, mais bien de prendre sa place et de ne la plus quitter. Tous n’ont pas la carrure d’un Hercule ou d’un Thésée, mais l’un comme l’autre n’auraient rien pu faire sans leurs muses éclairées, indispensables et petites pourtant.

 

Alors, on sort du bois, on montre qui l’on est, et l’on part à l’assaut de sa destinée, sans tambour ni trompette, juste en avançant la tête levée et le torse droit. Parce que le chemin est devant, et non derrière soi, à moins de vouloir régresser.

 

Et l’on sourit au soleil qui se lève soudain, comme s’il naissait juste pour soi. Parce que c’est le cas. Chacun est unique, chacun est resplendissant. Il n’y a pas à en douter. Il y a à vivre et à le clamer. Pour enfin offrir au monde ce qu’il mérite : une multitude d’anges et de gardiens, à même de l’aider enfin.

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