Shen-Long

Laurent Hellot – 2015 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Il n’y a pas de mots, il n’y a que de l’admiration, devant ce pouvoir divin, devant cette puissance inouïe, devant cette incarnation hors norme.

 

Si vous le voulez, Il peut se révéler, mais cela ne sera pas d’une grande utilité, tant ce qu’Il est dépasse tout ce que vous pouvez imaginer ; mais il faut vous rassurer, il faut vous bercer d’illusions avec une image édifiante, cadrée, comme si cela pouvait suffire à le caractériser.

 

Vous vous placerez alors au plus haut d’une montagne, un sommet sans pareil, à la cime des nuages et au côté de la Lune. Et vous attendrez, son bon vouloir, sa venue, s’Il vous juge digne d’estime. Et surtout, vous avez intérêt à vous cramponner, vous arrimer, vous agripper, aux rochers alentours, à vos certitudes, à vos petites vies, car Il ne fera pas de détail quand Il se penchera sur vous et votre médiocrité.

 

Vous le voulez toujours ? Vous en êtes certain ? Personne ne sort indemne d’une telle rencontre, vous savez. Ah si, vous aurez toujours vos deux bras, vos deux jambes, encore que, sur un faux mouvement, juste pour se lover, Il pourrait bien vous décapiter, sans crier gare, sans le faire exprès ; mais par contre, vos convictions, vos misérables croyances, vos ridicules vérités, auront explosé sous la violence du choc, de la révélation, de l’évidence.

 

Malgré tout, vous le désirez encore ? Vous êtes fou, ou trop sage, mais dans les deux cas, vous ne pouvez pas être commun. Il ne se déplacerait pas pour un moins que rien, un de ces bipèdes minuscules qui arpentent cette Terre qu’Il noie si souvent sous les eaux, soit trop fébriles pour comprendre d’où vient la pluie, réellement, soit trop insouciants pour réaliser que les lacs, les rivières, peuvent gronder d’une rage qui dépasse tout.

 

Vous êtes toujours là ? Peut-être alors que vous allez le voir, après tout ; qu’Il vous veut, vous, et personne d’autre. C’est un privilège, ou une malédiction, cela dépend de ce qu’Il vous donnera, ou vous demandera.

 

Vous êtes prêt ? Adieu, alors. Vous êtes seul maintenant.

 

 

*

 

 

Un nuage, énorme, dantesque. De couleurs jamais vues, violet, ivoire, et de soufre aussi. Il gonfle, il enfle, il occupe tout l’espace devant.

 

Il ne semble pas naturel, il n’est pas léger, aérien, éthéré. Il est solide, dense, indestructible et de plomb, mais il est là, dans l’air, face à vous.

 

Oui, bien sûr, des éclairs, qui plantent leur fureur électrique dans le sol à vos pieds. Ils ne se dissipent pas après leur foudroiement, ils arriment ce mastodonte à ce sommet que vous avez choisi.

 

Non, vous ne vous évanouissez pas ! Vous n’en avez pas le droit, plus maintenant.

 

VOUS REGARDEZ !

 

Cet éclat fulgurant, cette blancheur insoutenable, cette lumière transparente.

 

Vous pouvez tourner la tête à présent, sinon, vous perdez vos yeux. Mais vous vous redressez, sinon, Il vous broiera.

 

Une griffe monstrueuse, acérée, d’ivoire et d’acier, qui apparaît sur le bord, sortie de nulle part. Un ordre de grandeur, un aperçu de l’échelle. Oui, plus grande que la montagne même qui vous soutient, autant qu’elle le peut encore, tant les torrents qui dévalent ses flancs la font trembler, gémir, de bas en haut.

 

Et cet œil : une opale enflammée, un laser focalisé. Sur vous.

 

Vous êtes nu, vous n’êtes plus rien. Vous naissez à nouveau, vous brûlez tout ce qui vous appartient. Aucune chose, aucun objet ne vous est plus d’une quelconque utilité. Il n’y a plus que vous, et Lui. Face à face, ou plutôt Lui, en vous.

 

Vous perdez connaissance, c’est insoutenable, c’est trop. Et vous n’avez même pas distingué le centième de ce qu’Il est.

 

Vous vous réveillez. Un jour, demain, un millier d’années plus tard.

 

Il est toujours là. Il vous honore, d’avoir attendu, que vous reveniez dans votre corps, celui qu’Il a purifié, lavé de toutes ces scories et ces souvenirs qui n’ont plus lieu d’être.

 

Vous pouvez le contempler cette fois, vous êtes prêt. Il n’y a plus qu’une vibration, qu’une énergie : celle de l’Univers, celle de la Vie, celle qu’Il vous transmet, à vous seulement.

 

Vous vous sentez infime, invisible, une poussière dans un coin, un grain de sable sur une plage.

 

Et Lui...

 

Il entoure la Terre de ses anneaux. Il la couve, la protège et la nourrit, en un père, une mère et un ange à la fois. Il est immaculé, il est l’Amour incarné.

 

Il vous demande de l’aider. Non, pas dans son monde, vous n’y survivriez pas. Dans cette glaise qu’Il façonne chaque jour, pour que les humains qu’Il englobe continuent à vivre en paix, pour qu’ils se croient encore le centre de la Création, pour que leur ignorance soit leur salut. Mais vous, vous savez.

 

Que nous ne sommes rien dans cet Univers infini.

 

Que nous ressemblons à un brouillard sur un étang, des milliers de gouttelettes qui s’évaporent au matin, sous les rayons bienfaisants du soleil, pour se transmuter, et le rejoindre, Lui, dans les cieux.

 

Vous avez compris ? C’est une lourde charge, mais elle n’est confiée qu’à peu d’entre vous, tellement son intensité peut broyer celui qui ne s’y attend pas, qui n’y est pas préparé.

 

Vous êtes encore là ? Vous ne devriez pas.

 

Vous devriez dévaler les flancs de cette montagne, si elle est toujours debout. Vous devriez crier votre joie d’avoir rencontré l’immensité. Vous devriez vous mettre au travail, sans plus attendre, tant la tâche est étendue, ardue et gratifiante à la fois.

 

Oui, maintenant vous pouvez.

 

Vous poser. Au bord de cette mare, à l’onde pacifiée. Écouter les grenouilles, dans ce petit matin. Apercevoir le héron, figé là-bas. Et discerner les carpes en dessous, silencieuses et vives.

 

Comprendre enfin qui vous êtes et ce qui vous anime, pour les années de joie qui s’étendent devant vous.

 

Grâce à Lui. Shen-Long. Qui vous suit d’un regard bienveillant, qui vous soutient, qui vous accompagne vers l’Éternité.

 

Heureux homme.

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