Le vieux loup gris

Laurent Hellot – 2015 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Il est majestueux, même dans cet épuisement complet. On ne peut s’empêcher de contempler sa stature formidable, sa paisible sérénité, avec respect et crainte encore. Il a beau avoir vécu plus que nous tous réunis, il en impose, sans forcer, sans même chercher à retrouver le chef de meute qu’il était, l’intrépide canidé qui explorait tout et partout, les fourrés inconnus, les forêts immenses, les montagnes inaltérées.

 

Mais en ce jour déclinant, il est à bout.

D’énergie et d’amour.

De désirs et de projets.

D’envies et de visions.

 

Il flotte, perdu dans un monde qui n’est plus vraiment le sien, trop urbanisé, trop tourbillonnant, trop loin de tout ce qu’il a connu.

Et puis elle est partie. Cela devait arriver, à vivre ainsi sans se quitter, il y a un moment, un lieu, où le rendez-vous est pris.

Ça l’a laminé. Balayé comme un vulgaire fétu. Dispersé ainsi qu’un grain perdu.

Il a beau se dire qu’il va la rejoindre, peut-être, quelque part, il y a ces angoisses sourdes et vrillantes qui lui crient : « Qu’en sais-tu ? Que connais-tu de ces gouffres après la vie ? Sont-ils des lieux de perditions, des amas de matières finies, des puits sans fond ? »

Alors il sombre, ce loup, il se laisse aller, au désespoir qui le draine, de tout, de sa joie, de ses goûts, de ses sens et des siens toujours là.

 

Le loup, si tu savais…

 

Combien elle est heureuse d’avoir été avec toi. Combien tout l’amour que tu lui as donné l’a emplie, d’enfants, de bonheur et de joie. Elle te voit, elle te suit, elle t’envoie tout ce qu’elle peut, de soutien, de bonté, de tendresse, de lumière aussi ; et encore, tu n’as rien vu.

 

Comme elle est belle, comme elle brille là-haut. Elle irradie de blancheur et de légèreté, elle resplendit juste pour toi. Pour que tu suives cette étoile qu’elle est devenue, pour que tu ne t’égares pas en allant la retrouver.

Elle t’attend, sereine et posée, certaine que tu la sens. Essaie un peu d’ailleurs.

 

Ferme tes yeux pour une fois. Relâche cette tension aiguë qui rigidifie ton corps, laisse venir…

les images d’abord : elle, dans une longue robe plissée, blanche et dorée ; son visage souriant, sa main tendue.

 

Et ce message qui raisonne, dehors, dedans :

 

je t’aime plus que tout.

 

La vie n’est pas finie, elle ne fait que commencer.

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