Les boucles d'oreille

Laurent Hellot – 2015 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Singulières dans leur présentation, elles offrent aux regards deux anneaux gravés, en or précieux. Un tissu rouge vif complète leur panoplie et les relie à ce corps apprêté.

Elles pourraient tout aussi bien faire office d’haltère ou de poids, tant leur masse incline plutôt à les laisser dans leur écrin de laque. Elles ont pourtant été pensées pour être exposées, à l’envie et l’admiration, de ceux qui n’ont pas l’once d’un premier denier pour espérer se les offrir de leur vivant.

Ces boucles d’oreilles sont remarquables, dans tous les sens du terme. Créées pour l’apparat et la magnificence, elles accomplissent leur fonction à merveille, fascinant tout autant qu’elles éblouissent. Elles servent cependant un tout autre objectif : marquer sans aucun doute l’inconsciente propriétaire qui a osé les porter, telle une vache sacrée que l’on ne veut pas égarer, ou une truie dans un cheptel fourni.

 

Ces bijoux ouvragés n’ont pas d’autres fonctions que de montrer à la foule ce qu’il lui faut adorer. Les éclats de leurs pierres rares et de leurs métaux fins servent de sémaphore de salon afin de drainer l’attention du petit peuple sur eux. Leur profusion et leur diffusion offrent à la frange d’une certaine humanité les tatouages d’orfèvres qui les distinguent du tout-venant.

Vraiment ?

Qu’ont-ils de si différents, ces bipèdes drapés dans des vêtements de soie ? N’ont-ils pas deux pieds, deux bras, et deux oreilles donc ? Qui sont-ils pour oser se croire au-dessus de la foule de leurs frères et de leurs sœurs ?

Quand il ne restera plus que ces bijoux à leur chevet, quand l’amour et la tendresse auront déserté leurs palais, ils pourront enfin réaliser que tout cet attirail hors de prix, toutes ces bagues et ces colliers, cet empilement vain dans des coffres fermés, ne sont ni plus ni moins que de vulgaires cailloux. Jolis, peut-être, mais inertes et froids. Ils comprendront enfin, peut-être, tandis que la solitude écrasera leurs rêves passés sous un sarcophage de plomb, que leurs richesses et leurs trésors, n’ont de sens que partagés.

 

Deux boucles d’oreilles rouges et dorées. Dans les mains d’une petite fille. Deux anneaux ronds et beaux. Qui servent cette fois de jouets, qui trouvent leur seule utilité avérée : éduquer.

 

Écrire commentaire

Commentaires: 0