L'aigle

Laurent Hellot – 2015 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Il est majestueux, évidemment. Qu’attendriez-vous d’autre d’un maître des cieux ? Celui-là est doré pourtant, parcouru de fulgurances pourpres, un aigle de feu presque, une comète incarnée.

Il n’attend plus grand-chose, c’en est surprenant, comme lassé, blessé de l’existence qu’il a traversée. Il paraît n’être que pour la galerie, afin d’assurer un apparat et un niveau digne de lui, que tout ne sombre pas dans la médiocrité.

 

Cet aigle-là est désemparé, presque atone d’avoir tant donné, tant expérimenté, tant ressenti : un coquille vide qui sonne faux maintenant ; un spectre empaillé qui n’a plus rien à offrir.

 

C’est un gâchis, une telle posture, une telle désillusion. C’est insupportable d’abdication et de fatuité.

 

IL EST UN AIGLE !

 

Pas un vulgaire poulet en batterie qui attend qu’on lui tranche la gorge.

Pas une dinde qui se sait condamnée à l’aune de festivités dont elle sera l’occasion.

Pas un piaf quelconque qui ne mérite même pas la balle du chasseur qui va l’abattre enfin.

 

Alors ainsi, il y aurait un temps pour ne rien faire, un temps pour ressasser et admettre que tout est passé, que le futur n’existe plus ?

Orgueil démentiel qui s’autorise à jauger sa condition et sa pérennité. Relâchement impardonnable pour qui a tout reçu. Petitesse faiblarde qui ne ressemble pas à l’être que nous avons connu : flamboyant, mystique, planant dans les nuées et au-dessus du lot.

 

Le roi qui choit au pied du trône qu’il a occupé, simplement par distraction, faute de motivation et d’ambition : un bouffon plutôt.

 

Il n’est pas tolérable qu’une telle décapilotade soit acceptée. Il est impératif qu’un terme soit mis à cette posture de has been décoloré. Et dans l’instant.

 

L’aigle, on ne va pas y aller par quatre chemins : le sol qui te supporte encore, une faille béante maintenant et le choix est tien, de finir roussi dans la lave qui surgit ou de faire ce que tu sais, t’élancer dans l’azur d’un trait.

 

Bien, c’est mieux ainsi. Tu sens à nouveau les zéphyrs dans tes plumes, le froid glaçant de l’air qui te rend vivant ? Cela s’appelle se vivifier. Cela rappelle ce que tu es : un brasier dans le glacier, qui fait fondre les obstacles et réchauffer les cœurs.

Et maintenant, jette un œil en bas. Où ? Où tu veux, oui, cette rivière là-bas, ça convient. Et ? Ah, tu l’as vue, cette jeune fille sur le rocher, alors que tu es à plus de 10 000 pieds ! Alors, elle est où la vieillesse ennemie qui émousse les sens et épuise les sangs ? Tu n’as rien perdu, tu vois, juste le nécessaire pour te délester, pour te sentir équilibré, juste ce qu’il faut afin de ne plus se retarder en chemin.

Bon, il ne reste plus qu’une chose à faire pour te requinquer : tu plonges, direct. Comme une flèche étincelante, comme un boulet incandescent, à une vitesse inimaginable pour le commun des mortels.

Et tu plantes tes griffes sur ce cristal issu de la nuit des temps. Tu enserres cette roche translucide de toute la force dont tu disposes.

 

Et le miracle.

 

La fusion du feu et de la pierre, en une perle bleue, d’où toute aspérité a disparu, d’où ne luit qu’une onde paisible et sereine, d’où ne partent plus que des chants et des mots.

D’amour bien sûr, quoi d’autre sinon ?

 

Alors écoute bien cette mélodie : c’est ton âme qui exprime, le besoin d’être utile encore, la nécessité de vibrer plus fort. Et laisse-toi emporter, pour retrouver ce feu sacré, cette lumière de vie : ta destinée.

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