La femme et la rose

Laurent Hellot – 2015 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Elle est toute seule, mais elle est debout.

Elle n’est pas menaçante, mais elle se tient vigilante.

Elle n’a pas d’exigence, mais elle veut seulement qu’on l’écoute.

Elle n’a plus de patience, elle a trop attendue.

 

Elle est vêtue d’une robe sombre au liséré doré. Elle porte sur la tête une couronne, celle de la vérité. Elle sourit, oui, elle y arrive presque, d’être enfin celle qui va tout libérer.

 

Elle marche depuis longtemps, depuis même avant le lever du soleil, en ces temps où la nuit était la seule obscurité qui écrasait de tout son manteau le pays qu’elle s’était choisie. Elle n’est pas fatiguée, elle se sait presque arrivée. Elle n’est pas triste, elle se sait libérée. Elle n’est pas fière, elle est soulagée.

 

Elle progresse d’un pas ferme et résolu, en dépit des trous disséminés, de la boue gluante et du chemin escarpé. Elle ne fait pas de halte car elle a compris que le moment est arrivé

 

d’ouvrir ces puits nauséabonds et d’y faire souffler un air purifié,

de briser ces chaînes rouillées et de regarder s’envoler ce phénix pétrifié,

de faire claquer ces volets fermés sur les murs, à les faire tomber, jusqu’à ce que la lumière pénètre le moindre recoin oublié.

 

Elle se souvient de tout, elle pourrait le réciter,

ces serments trahis et dévoyés,

ces généalogie profondes et égarées,

ces promesses iniques et forcées.

 

Elle n’est pas amère, elle n’est pas triste ; elle est résolue.

Elle n’est pas vindicative, elle n’est pas vaincue ; elle est transportée.

Elle n’est pas agressive, elle n’est pas revancharde ; elle est déterminée.

 

Elle n’a rien emporté avec elle, sans regret ni tourment, parce qu’elle n’avait pas le choix. Elle ne pouvait plus supporter ces silences malsains. Elle ne tolérait plus ces non-dits qui la faisaient hurler. Elle n’avait pour seule issue que d’exploser cette barrière, par la force de sa volonté et par la grâce de l’ange qui l’accompagnait. Cet ange…

 

Elle ne l’a pas compris quand elle s’est réveillée soudain, pleine d’une rage qui la submergeait. Elle n’a pas saisi quand elle s’est mise enfin à crier,

 

que les mots lui étaient soufflés,

que la force lui était donnée

que la puissance d’une lumière aveuglante l’illuminait.

 

Un ange avec une épée, un guerrier à son côté, un compagnon pour que ses rêves deviennent réalité. Un être qui n’a rien fait d’autre que la révéler.

 

Alors cette femme marche depuis, vers ce soleil qu’elle entrevoit, vers cette pureté qu’elle aperçoit, vers ce renouveau qui est un droit,

 

le droit à la légèreté et à l’insouciance,

le droit à l’exposition et la délivrance,

le droit à choisir enfin ce qu’elle va vivre et non plus subir : une nouvelle existence.

 

Elle sert encore les poings, parce que le chemin n’est pas la fin. Elle crispe encore la mâchoire devant tout ce qu’elle va devoir. Elle se tend, elle se prépare à affronter ses pires cauchemars, jusqu’à oublier ce qu’elle tient, dans sa main fermée :

 

une rose blanche et rouge, aux épines acérées ;

une rose magnifique et étrange, qui paraît la guider ;

une rose souveraine et grandiose, comme un nouveau-né.

 

Cette fleur semble insignifiante et puérile face à tant de périls. Elle est pourtant celle qui va tout amorcer : la brèche dans ce mur de silence, la faille dans cette montagne immense, la fissure dans toutes ces apparences.

 

Une femme avec une rose à la main, qui marche vers son destin : fait de batailles et de combats, mais de victoires assurées ; fait de doutes et de coups bas, mais avec une cause justifiée ; fait de d’échanges éprouvants, mais qui tous, sans exception, la conduiront sur ce qu’elle n’osait espérer

 

le soulagement et la félicité.

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