La meule de foin

Laurent Hellot – 2015 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Une masse ébouriffée, de paille et de poussières ; une taille gigantesque, au regard de ce qui la constitue : de minuscules, petits épis de blé ; une couleur jaune pétard, débordante de vie.

Cette meule se dresse au milieu d’un champ, ni trop vaste, ni trop limité, à la juste taille pour y gambader. Elle est le fruit d’un long travail, initié il y a des années de cela.

 

Un labour dur et pénible, dans une terre qui ne voulait pas.

Un semis précis et attentionné, alors que se déversaient la pluie et la vent.

Un soin attentif, d’irrigation et de défrichement, tandis que poussaient les tiges.

 

Et puis la récolte, enfin, après tout ce temps : abondante, généreuse, inespérée même, mais méritée dans tous les cas.

 

Ils sont peu nombreux à savoir précisément d’où ils viennent, pourquoi ils sont là et ce qu’ils veulent laisser, comme trace, comme mémoire, comme cadeau.

Cette meule est de ceux-là.

 

Elle a pris son temps, elle a trouvé son rythme, mais elle est arrivée à maturité. Elle a conscience de ce qu’elle représente. Elle sait tout ce qu’elle a parcouru,

 

pour avoir le droit de s’afficher ainsi,

pour avoir le luxe de se dorer au soleil,

pour avoir gagné le respect.

 

Elle n’a plus qu’à récolter les fruits de ce qui a été semé, et elle a l’embarras du choix.

 

Nourrir les animaux de la ferme, de ses nutriments riches et variés ?

Servir d’assise et de toboggan pour les jeux des enfants ?

Être utile à la construction d’une maison ou d’un jardin ?

 

Tout cela, c’est elle qui voit. Elle a le libre arbitre, elle a l’intelligence de ceux qui ont vécu, et dans la bonne direction. Elle peut tout et son contraire, il lui est impossible de s’égarer maintenant.

 

Pour le moment, elle peut profiter de cette pause, dans la chaleur de l’été, des hirondelles qui sifflent au-dessus de son sommet, des souris qui gigotent en son sein, des merveilles de fleurs et de chardons qu’elle a accumulés.

Rien ne presse, tout est acquis, l’automne est bien loin.

 

Alors, que dire de plus, si ce n’est :

 

Bravo,

 

Ne change pas (trop).

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