Le temple

Laurent Hellot – 2015 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Une lumière douce et dorée anime l’air du soir. Une ciel bleu et rosé habille l’horizon. Un léger zéphir accepte de distraire les quelques oiseaux qui traînent encore, plus occupés à se dégourdir qu’à vraiment s’activer.

Le lieu est calme, l’endroit est inoccupé, propice à la méditation et à l’abandon. Personne n’y vient plus, il est bordé de buissons touffus, de chênes centenaires, de pierres levées et moussues.

Il mériterait cependant bien plus que ce relatif oubli, que cette discrétion à l’envi, car il s’y dresse un temple, remarquable et beau.

 

Le bâtiment est inattendu, du moins dans ce pays de soleil et de sel. Il ne devrait plus exister, ne pas être là, avoir été rasé. Il n’est même pas sûr que son existence ne soit pas une hérésie,

car il détonne,

car il éblouit,

car il resplendit d’équilibre et de beauté, pure et sereine.

 

Autour, ce fut la guerre, ce fut le fracas, des chevaux que l’on éventre pour ne pas être piétiné, des armures que l’on fend pour ne pas trépasser, des cris que l’on pousse pour se sentir vivant.

Autour, ce fut l’ignorance, de celle qui force à hurler, sa peur de l’indicible, sa honte de l’incompris, son trouble de la révélation.

 

Un monde de barbares et de géants.

Un monde qui ne sait plus d’où il a surgi.

Un monde qui court à sa fin, trop chargé de drames et de non-dits.

 

Et ce temple, cette merveille de construction, ce bijou d’architecture, ce miracle de jaillissement.

Au milieu.

Au centre.

Au début et à la fin.

 

À la source de tout et aux confins aussi.

Un baptême nécessaire, un refuge aguerri, une retraite vitale.

 

Une étoile dans la nuit.

 

Il n’a pas de prêtre, il n’en est pas besoin.

Il n’a pas de cérémonials, ils ne signifient plus rien.

Il n’a pas de disciples, ils sont partout.

              en chacun d’entre nous,

              au creux de nos vies,

              dans nos rêves oubliés,

dans nos désirs cachés.

 

Il se contente d’exister, d’être là pour qui en a la nécessité, pour qui veut s’y blottir, au pied de son autel de marbre blanc, à la lumière de ses bougies de miel, à l’ombre de ses murs imposants, à l’abri du temps et de son cortège de décrépitude et de dérèglement.

 

Il soigne, il protège, il instruit, par sa simple présence, par sa disponibilité unique, par le chant sacré qu’il laisse résonner en son sein, volatile et léger, apaisant et joyeux, montant des tréfonds de ses caveaux, vers sa nef étoilée.

 

Un temple immense et infini, qui ne prend pourtant pas plus de place qu’un terrier de lapins ; juste ce qu’il faut pour se rappeler qu’il existe et qu’il ne disparaîtra jamais,

 

en dépit de l’incurie ambiante,

malgré la déraison permanente,

en sus de tout ce que l’on croit savoir,

 

alors que l’on a rien appris,

alors que l’on persiste à radoter,

alors que toute sagesse est oubliée, au profit de l’insatiable consommation, au profit de montagnes d’absurdités, au profit d’une poignée de marchands.

 

Ce temple ne les méprise pas, non. Il se contente de rappeler où se trouve l’unique voie, la seule vérité,

celle qui permet de grandir,

celle qui tend la main

celle qui offre un cadeau, simple et précieux : l’estime de soi.

 

Nous pouvons mourir, nous pouvons nous désagréger dans la terre et l’espace, nous pouvons retourner à la poussière que nous avons à peine quittée,

 

lui sera encore là,

lui restera toujours,

lui ne s’effondrera pas,

 

gardien vigilant de nos traces, avant qu’elles ne s’effacent,

protecteur de nos vies, avant qu’elles ne s’embrasent,

guide de nos vérités, que nous passons notre temps à oublier.

 

Ce temple, un tel soulagement de le savoir édifié,

Ce temple, une telle gratitude de le voir toujours debout,

Ce temple, une telle puissance à la disposition de tous.

 

Puisse-t-il être révélé, enfin, à ceux feignent de le considérer, aux autres qui ne l’envisagent même pas, et à nous qui le cherchons.

 

N’arrêtons pas de penser à lui, ne cessons pas de garder son image en nos esprits,

 

il va nous sauver. Enfin. Dans une vibration intense, dans un sourire ressenti, dans la certitude d’être au bon endroit : le cœur de notre vie.

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