La couronne d'épines

Laurent Hellot – 2015 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Elle est pire que ce qu’on imagine, sur des images fanées ou dans des pensées horrifiées.

D’abord, elle est lourde et non légère comme on pourrait l’espérer. Le poids des torsades et du bois sélectionné font que ce diadème vous force à avoir la tête courbée.

Ensuite, elle est affreuse et non d’une beauté vénéneuse. Elle est mal faite, elle a des bouts à peine coupés, elle paraît avoir été assemblée en dépit d’une logique sensée.

Enfin, elle lacère, ça pour sûr, elle sait y faire. Les épines sont énormes, rigides et vous transpercent le crâne, faisant s’écouler un liquide tiède et chaud,

votre sang.

 

Personne ne veut d’un tel trophée, ni en vrai, ni même dessiné. Il terrifie, il affole, il incite à une fuite folle. Il arrache des cris d’effroi et des hurlements de douleur. Il symbolise la solitude et la peur. Il incarne la tristesse et les larmes.

 

Mais que fait-elle sur votre tête alors ? Pourquoi s’obliger à porter ce signe de mort ? Pourquoi vouloir à tout prix finir dans les rebuts, les débris ? Quel panache y a-t-il à désirer toute cette souffrance que cette couronne arrache de votre vie, de votre âme, vous laissant si pu de temps pour embrasser l’existence et ses charmes ?

Il n’y a aucun mérite à se flageller de son propre gré. Cela n’est justifié que pour les déments et les arriérés. Nulle religion digne de ce nom ne peut valoriser la torture et la contrition, quand elles prennent la forme d’un esclavage qui transforme les hommes en bêtes de somme.

Cela ne sert à rien, ne magnifie pas votre destin. Cela ne fait que rajouter des boulets à vos pieds alors que vous vous apprêtiez à courir, à vous envoler.

Personne ne reconnaîtra la gloire qu’il y a à plonger au sein de ce désespoir, ce gouffre obscur où vous voulez absolument que l’on vous emmure. Vous n’êtes pas un martyr, à vous obstiner ainsi de souffrir. Vous êtes un malade qui a besoin qu’on le soigne.

 

Vous ne pensez qu’à vous, en fait. Vous voulez que vos stigmates fassent tourner les têtes, fassent jaillir des exclamations qui clament leur admiration. Vous espérez que les autres, cette foule d’anonymes et d’apôtres chantent vos louanges à vous voir vous comporter comme un ange.

Mais vous n’en êtes pas un ; vous cherchez le bonheur là où il n’y a rien, que la honte et le ridicule à quémander que l’on vous adule. Vous n’avez rien compris, rien appris. Vous persévérez dans une voie qui conduit à l’échec de votre destinée.

Vous voulez des groupies, des supporters pour avoir plongé dans cet enfer ? Mais vous vous y êtes mis tout seul et c’est bien fait pour votre gueule.

Vous attendez des bravos et des vivats ? Vous ne méritez que des huées et des crachats.

 

Vous êtes égoïste, vaniteux et suffisant.

Vous ne regardez que votre nombril, votre ego, alors que vous avez la joie et l’amour en cadeau, et surtout, surtout, de merveilleux enfants, une femme qui vous attend.

 

Vous êtes puéril. Votre imbécillité est indicible. Il y a tant de misère dans le monde que votre attitude devrait être dénoncée. Vous n’avez aucune honte à prétendre que vous souffrez alors que ce n’est pas vrai. Vous faites du cinéma, vous jouez à celui qui n’en peu plus mais.

 

Et vous avez tout.

L’énergie, la chance.

L’enthousiasme, la puissance.

La famille, le bonheur.

Ce que vous voulez, dans l’heure.

 

Alors cessez vos simagrées ! Sinon, vous allez avoir ce que vous espérez : des drames, des gémissements, la douleur insupportable, et comme unique ami à votre table, le Diable. Et vous allez regretter amèrement d’avoir prétendu être malheureux tout ce temps !

 

Alors secouez-vous, arrêtez à l’instant tous ces boniments et allez de l’avant !

 

Vous êtes redevable à présent. Vous avez reçu cet avertissement. Il n’y a aura pas de seconde chance, et la prochaine fois, ce sera l’ambulance, pour que vous compreniez combien votre minuscule misère était déplacée. S’il faut en venir à cela, vous allez sentir comment les os broyés vous laminent d’effroi, de quelle manière l’angoisse de mourir peut tout envahir.

 

Vous êtes un privilégié, alors ne cassez plus vos jouets. Construisez tout ce pour quoi vous êtes venu et bâtissez un palais jamais vu. Extirpez de vos tripes la créativité et les formules magiques. Faites le beau, faites le bien, et vous allez enfin avoir ce qui vous revient,

 

la sérénité, enfin.

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