Le phénix en majesté

Laurent Hellot – 2015 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

C’est une explosion, un tremblement de Terre, la planète qui s’ouvre en deux ; pour une naissance inespérée, pour une éclosion spontanée, pour une libération tant attendue.

Deux ailes d’abord, qui jaillissent des gouffres ainsi créés, deux arches de plumes et de feu, qui irradient de chaleur et de beauté.

Puis le dessus d’une crête, dentelée comme un récif brisé, qui couvre le sommet d’une tête penchée.

Et enfin ce regard, de braise et d’incendie, ce bec étincelant et ce cri : primal, urgent, vital et éclatant.

 

Une renaissance, d’un limon poussiéreux.

Un jaillissement, du stérile et du néant.

Une offrande, au monde entier.

 

L’animal mythique ainsi incarné est maintenant posé sur un éperon acéré ; en équilibre, en suspens, en quête d’une direction où porter son élan.

Il tourne sa tête, aux aguets, à l’écoute d’un signal qu’il sait devoir arriver. Il n’a pas subi toute cette résurrection brutale, douloureuse et violente, pour rester passif à nouveau. Il n’a sûrement pas dans l’optique de replonger encore d’où il vient, pour satisfaire de basses pulsions récurrentes, qui ne sont qu’un écho faiblard à des errements du passé. Il est hors de propos qu’il ne jette ne serait-ce qu’un œil à ces fantômes qu’il vient juste de quitter et qui l’ont poussé à cette transformation. Autant replonger dans la lave brûlante et mourir définitivement, dans ce cas.

 

Alors il se prépare, il gonfle ses plumes, il arque ses griffes, il déploie sa queue, car il pressent que l’envol serait radical, immédiat et pour un long voyage, de purification et d’instruction ; celui qu’il appelait de ses vœux, celui qu’il espérait depuis si longtemps, celui qui va le conduire sur le chemin de sa destinée.

 

Il tressaille soudain.

 

Un éclair blanc, une langue de feu, vient briser net le rocher sur lequel il siégeait.

 

Le phénix n’hésite pas. Il s’élance dans l’azur, d’un trait, libérant derrière lui une pluie d’étincelles, en un adieu à ce qu’il a été.

Et il monte, à coups d’ailes puissants. Et il grimpe, dans les nuées qu’il transperce. Et il file, en un sillage droit.

 

Vers le soleil, direct. Vers cet astre qui l’appelle. Vers ce miroir de ce qu’il est : une boule d’énergie bienfaisante, une onde de vie permanente.

 

Il quitte la Terre et ses eaux. Il quitte la stratosphère et son froid. Il quitte le monde et ses déceptions. Il vise grand, il vise haut, il vise le centre de tout : l’Univers et ses bienfaits.

 

Il trace maintenant parmi les étoiles, jouant avec les comètes comme de fétus, avec les lunes comme de ballons. Il sait que ce voyage sera long, il sait que ce voyage sera dense, il sait que ce voyage sera nourrissant

 

de rencontres et d’échanges,

de découvertes et d’apprentissages,

d’évidences et de saluts.

 

Il se sent bien, à sa place, à cent mille lieux de ce qu’il a été : une loque prostrée et dubitative, effrayée de tout et dépendante de chacun.

Il est le maître de son destin, il est la référence que suivent tous ceux comme lui, qui peinaient auparavant, qui ne croyaient pas qu’ils pouvaient, qui n’osaient pas essayer, qui s’accrochaient à leur béquille humaine ou de bois.

Il est enfin lui, plein et entier, gonflé d’envies et de curiosité, impatient des aventures qui s’annoncent et surtout

 

reconnaissant

 

d’avoir osé franchir le pas,

d’avoir compris qu’il le fallait,

d’avoir obtenu bien plus qu’il ne rêvait.

 

Parfois il se retourne malgré tout, en un clin d’œil au trajet parcouru, en un sidération à chaque fois, de voir combien ce à quoi il s’accrochait alors était insignifiant, mesquin et limité.

 

Il entonne alors un chant, son chant : celui de la liberté.

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