Le chevalier en armure

Laurent Hellot – 2015 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

C’est d’abord une lumière qui surgit au haut d’une colline ; une étoile qui aurait renoncé à sa majesté divine.

C’est ensuite un fracas, qui ressemble aux rugissements d’un volcan, quand il fait trembler, quand il broie les éléments.

C’est ensuite un souffle, celui d’un dragon qui projetterait ses flammes des tréfonds d’un gouffre.

 

Mais c’est un surhomme, mi-humain, mi-équin, qui ne conçoit son incarnation qu’à travers une projection, d’énergie, de puissance, d’une force dont l’écho est immense. Il n’a pas de maître, il n’a pas de pays, il ne marque de son empreinte que ceux qu’il a choisis, vivants ou spectres à qui il impose sa manière d’être. Il ne se soucie pas de briller, il est un diamant. Il ne s’inquiète pas de ce qu’il pourrait laisser derrière lui, il est le Temps. Il ne se préoccupe pas de ce qui est raconté à son égard : c’est lui qui écrit son histoire.

 

Cet archange laboure l’espace et la matière, à la recherche de ceux qui pourraient mériter qu’il interfère, dans leur existence, par sa présence, sa prescience, le don qu’il a de protéger et de mettre un terme définitif à toute menace qu’il perçoit.

Il ne laisse pas le choix, il s’impose et personne ne s’avance à contester, ni ne s’interpose. Il assied son autorité et ses règles, par le simple fait de déployer ses ailes, majestueuses et blanches, qui font pencher la balance du côté qu’il choisira, s’il estime que vous ne devriez pas être là.

 

Il ne s’est pas arrêté souvent dans sa quête permanente qui ressemble à un ouragan, une tempête violente. Mais il ne cherche pas à plaire, il a un rôle, une mission qui lui confère la droit de bousculer, de trahir, d’écarter et de faire souffrir. Il est là pour veiller sur celui qu’il s’est choisi, homme, monde ou infini, qu’il va garder et porter, bien au-delà de ce qui pourrait être imaginé.

 

Il n’a pas de remords à avoir, il englobe ce qu’il peut percevoir. Il embrasse tout, dans l’air ou sous terre, du paradis à l’enfer, d’une façon qui n’offre aucune échappatoire à celui ou celle qui croiserait son regard. Il vous transperce, il vous évalue, comme dans une foire de rue. Vous n’êtes rien à ses yeux s’il ne décide pas de vous considérer un peu. Vous pouvez être un roi ou une fée, s’il le veut, il va vous balayer, sans même lever le bras, sans se fatiguer, par sa simple volonté.

 

Il ne répand pas la dévastation, il n’en a nul besoin, chacun le fait très bien dans son propre coin. Lui libère, assainit, fait s’écrouler ce qui est pourri, effondre ce qui doit rejoindre la tombe, écrase ce qui n’est pas en phase, annihile nos fantasmes puérils. Il n’est rien de plus que le bras armé de ce squelette nu, cette Faucheuse qui attend son lot de mécréants vaincus. Il n’a pas à forcer sa nature. Il est droit, il est pur. Il ne s’accommode pas de nos bassesses, de nos misérables faiblesses. Il nettoie sans hésitation tout ce qui n’a plus de raison, d’être, de vivre, de continuer à suivre les traces d’un chemin égaré qui ne conduit qu’à la médiocrité.

 

Mais il est beaucoup plus que cela.

 

Il est aussi la Lumière, le Soldat ; celui qui éclaire et qui guide, en vaillant combattant intrépide. Il sauve ce qui peut l’être quand tout semble voué à disparaître. Il porte aux nues ces femmes abandonnées, ces enfants disparus. Il recueille et il veille sur nos rêves, sur notre sommeil. Il nous accompagne bienveillant, quand il nous sent hésitant, chancelant. Il soutient ce qui reste de nos espoirs afin que nous réussissions à nous extirper de ce noir, de cette gangue de détresse absolue qui empêche notre mue, vers ce que nous sommes vraiment, vers ce qui nous attend, vers ce qui transcende la mort et son enfermement.

 

Il ne cessera jamais de sillonner les univers, à travers les limbes où flottent nos âmes légères. Il saluera sans faute celles qu’il a déjà aidées, à surmonter l’obstacle, dépasser la côte, puis il continuera sa quête vers cette prochaine transcendance qui s’apprête, vers la nouvelle incarnation qu’il rejoindra à l’unisson.

 

Vous pouvez vous estimer heureux s’il a jeté son dévolu sur vous et sur vos vœux. Vous ne craignez plus rien à présent, il sera le rempart solide, le garde vigilant. Il vous aidera à suivre la route qui élude les doutes. Il vous écartera les pièges sournois et les oiseaux de proie. Il sera le roc immuable dans un monde instable. Il offrira l’ombre propice dans un désert de supplices. Il vous abreuvera d’une eau fraîche et douce quand il ne restera plus une source. Il vous empoignera d’un geste pour vous éviter les plaies et la peste. Il vous montera que la vie n’est que balayée, sans ce soutien inespéré.

 

Mais par-dessus tout, au-delà de cette puissance, il vous fera ressentir cette force vitale, cette pulsation immuable,

 

cet Amour formidable

qui occupe tout l’espace et nous évite l’angoisse

de se sentir seul, de ne paraître que veule,

 

parce que nous ne sommes qu’Un, au sein de l’Univers auquel il appartient.

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