L'enfant et le gâteau

Laurent Hellot – 2015 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Un gâteau énorme, posé à même le sol : trois étages de sucre et de graisse, censée symboliser la liesse.

Une petite fille assise à côté, qui hésite à y plonger les doigts ; elle tend le bras, puis le retire, avant d’y fourrer les deux mains dans un sourire.

 

La petite fille est heureuse, elle sent la douceur de la génoise rose qui symbolise tout ce qu’elle veut oublier de morose. Elle triture la pâte avec ses paumes, comme un élixir, comme un baume. Elle s’en tartine partout, de la tête aux genoux, afin de presque disparaître dans ce gâteau de fête. Elle jubile, elle ronronne, d’être enfin devenue elle aussi douce et bonne. Elle ne veut plus bouger, elle veut ÊTRE ce dessert pâtissier ; oublier tous les tracas de cette vie qui ne lui va pas, se dissoudre dans ce sucre en poudre qui ne lui laissera que de la gourmandise à moudre ; se transformer en galette, crêpe, nougat, n’importe quoi pourvu que ce ne soit pas ce qu’elle observe dans la salle de bains chaque matin et qui n’est pas loin d’un cauchemar sans fin.

 

Manger un gâteau pour résoudre son angoisse de ne pas trouver sa place.

Dévorer de la crème glacée pour congeler ses peurs de ne pas y arriver.

Avaler tout ce qui passe pour être sûr de se voiler la face,

 

sur le message de ce corps qui a tout compris,

que la vie rêvée est sans rapport avec les choix subis,

que l’échec dont l’écho résonne ne tient avec aucun alibi.

 

Un suicide comestible avec une fin morbide.

Un gâchis sans nom avec une justification de déraison.

Un état de mal-être qui bouffe l’esprit, le corps et l’être.

 

Une solution qui va être offerte, pour permettre de renaître.

 

D’abord, redevenir cette petite fille. Oui, penser à elle, à ce qu’on était : menue, svelte, une vraie sauterelle des prés. Sentir la légèreté de ses mouvements, sentir le joie d’être juste à chaque instant, sentir le bonheur d’accepter de se laisser porter,

par le destin, par le présent,

en admettant qu’on ne maîtrise rien,

en constatant que l’on se sent enfin bien.

 

Puis regarder son corps, non pas comme un objet déjà mort, non pas comme un répugnant support,

mais comme un ami fidèle, indestructible et éternel, prêt à tous les sacrifices, pourvu que ce soit sous de bons hospices.

Le lui dire, le remercier, d’avoir tant fait et tant supporté. Le cajoler au moins une fois pour qu’il sente de la douceur et non plus des coups bas. Lui souffler ces mots, tout doux, juste entre lui et vous :

 

« Je t’aime. Merci d’être là et de m’aider à grandir malgré moi. »

 

Ressentir alors l’écho incroyable que cette formule magique fait résonner dans cette enveloppe formidable.

Et pleurer enfin

Pleurer beaucoup

 

pour que cette angoisse diffuse d’être une erreur

disparaisse, elle et son malheur.

 

Se relever alors, petit à petit. Se sentir forte et bénie

de pouvoir recommencer à vivre,

sans avoir besoin de s’empiffrer pour survivre.

 

Reprendre le cours de sa vie, en sachant que sont terminés ces jours maudits,

que la nourriture et son cortège d’aliments empoisonnés appartiennent au passé.

Redécouvrir le vrai, le bon, le naturel, où manger est source de joie éternelle, par le partage qu’il induit, entre chacun et la vie, entre tous et le monde, entre l’Univers et sa ronde.

 

Se dire que l’on revient de loin, que l’on a été courageuse et témoin d’un miracle parfait : s’accepter et s’aimer telle que l’on est.

 

 

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