Le lotus rouge

Laurent Hellot – 2015 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

La perfection faite fleur ; la beauté incarnée : un lotus carmin sur l’eau à peine posé.

 

On ne sait pas ce qu’il fait là, sur ce marais qui grouille de rats. Une fleur à la dérive, au beau milieu des ordures et des débris. Le plus remarquable en effet est qu’il n’est jamais, mais alors pas du tout, concerné par cette fange dont il est entouré. Il a cette capacité unique à dominer ce qui le pique, l’envoyant valdinguer à l’autre bout, de l’autre côté, sans même avoir à faire frémir ne serait-ce que l’une de ses corolles gonflées de désir.

 

Cette fleur est un miracle, au beau milieu d’une débâcle.

 

Regardez-là se mouvoir sans prendre garde, ni au noir, ni au désespoir. Observez ses mouvements puissants et lancinants. Elle semble ne pas bouger, mais a accompli des pas de géant. Elle paraît petite, fragile, au centre de toute cette bile ; elle en est l’âme au contraire, qui évite à l’ensemble de sombrer dans l’enfer.

 

Le plus remarquable cependant sont ses propres sensations, constituées de timidité et de sentiment de ne pas exister. C’est incroyable, c’est touchant, alors qu’elle rayonne à tous vents, qu’elle diffuse le beau, le bon, sans aucune explication.

 

Cette fleur est la perfection, couplée à l’invention.

 

Elle transcende son quotidien, que certains trouveraient malsain. Elle en fait un paradis, dans lequel tout lui sourit. Elle invente son chemin à travers des gouffres et des ravins. Elle crée les rêves à partir de rien.

 

Cette fleur est une guerrière qui s’ignore, à ne jamais se plaindre de son sort.

 

D’autres dans sa situation, auraient quémandé de l’aide, un don ; auraient crié : « Au secours ! », dans l’espoir de s’échapper de cet endroit pour toujours. Elle, point du tout. Elle ne se lamente pas, elle ne geint pas. elle avance pas à pas, marquant de son empreinte toute ce qu’elle touche, en une douce étreinte. Elle persiste à se considérer comme minuscule, à se cacher, transie de honte et de regrets, se croyant insignifiante en tout.

Il est vrai qu’elle n’est pas aidée. Elle persiste à considérer ce grand séquoia, sur la rive là-bas, qui la toise de ces cinquante mètres, quand elle peine à sortir de l’eau la tête. Bien sûr qu’elle n’a rien à voir avec ce géant, et heureusement ! Elle, elle ne voit que ces ramures magnifiques, ce tronc de colosse ; mais elle ne perçoit pas les plaies et les bosses, le sol humide et fongeux dans lequel les racines de cet arbre n’ont jamais pu s’implanter. Alors, il fait le fier, l’arbrisseau, mais la première tempête l’enverra valdinguer, cul par-dessus tête, parce qu’il est incapable de s’accrocher à son histoire, à ses fondations : il n’est qu’un château, magnifique peut-être, posé sur du sable en mouvement ; il est déjà mort de n’avoir rien su ancrer, d’avoir joué au matamore pour simplement épater. Ce séquoia va bientôt finir en petit bois. Ce n’est pas un pari, c’est juste qu’il n’a pas vu l’avancée de ce tsunami, trop occupé à se gargariser de sa pseudo force et de sa belle écorce. Elle va être immense cette vague, elle est déjà en avance, blanche et violente, la purification imminente.

 

Et la fleur, face à ce déferlement ?

 

Aucun souci, la facilité du talent. Elle accompagnera la houle, elle dominera la foule, elle sera portée au firmament sans l’once d’un effort, dans l’instant. Elle passera d’insignifiante à étoile filante

 

ce qu’elle est déjà , mais qu’elle ne voit pas,

sera ainsi affiché à la vue du monde entier.

 

Un lotus rouge dans un marais, qui devient un rêve éveillé.

La puissance de l’amour et du cœur, qui vont le magnifier,

Lui donnant le courage et l’insolence,

De laisser derrière lui cette pestilence,

Pour gagner ce qui l’attend,

 

Un bonheur éclatant.

 

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