Le banc au bord de l'eau

Laurent Hellot – 2015 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Un banc moderne planté au bord d’un courant d’eau tourbillonnant.

Un banc de bois et de fer qui regarde passe les bateaux sur la rivière.

Il est bien, il est posé et n’entend surtout pas bouger. Il ne sait plus de quand date la dernière fois qu’il a eu la brève impulsion que ce serait peut-être mieux qu’il se carapate, mais une chose est certaine : il n’en a surtout pas pris la peine ! Il veut rester là, toute sa vie, ad æternam, quels que soient les joies, les drames qu’il verra passer sur cette berge ombragée.

 

Lui, son truc favori, c’est de finir alangui, comme tous ces passants, ces touristes auxquels il sert de halte, qu’il assiste. Il laisse aux autres, aux excités l’agitation et l’envie de voyager. Ne pas s’en faire, ne pas bouger ; plaire ou déplaire, il n’en a rien à carrer.

 

L’immobilité comme seule ambition.

La vacuité comme unique vision.

 

Ce n’est pas un échec, ce n’est pas une honte, c’est la véracité de tout ce qu’il montre : il est un contemplateur, un être qui ne court pas après le bonheur, car le sien, celui qui lui importe, il l’a juste devant sa porte. Pourquoi galoper sans trêve si la plupart de ses envies, de ses rêves sont là, à portée, sans avoir à se fatiguer ? Pourquoi prétendre à ce que l’on est pas, alors que tout est si simple, tout droit ?

 

Lui veut du calme ; il demeure ainsi sans état d’âme.

Lui veut du paisible ; il sourit à l’indicible.

Lui veut du serein ; il ne ronge pas son frein.

 

Il ne sera peut-être pas le prochain prix Nobel, mais il aura gagné plus que cette médaille à bretelles : la certitude d’avoir fait le bon choix dans ce qui lui va.

 

Alors laissez-le suivre son rythme, ne le poussez pas à la va-vite.

Il suit son bonhomme de chemin, tel que cela lui convient.

 

Estimez-vous plutôt heureux d’avoir croisé un être, un bienheureux qui ne fantasme pas sa destinée, mais choisit de se laisser porter. Il en faut des comme lui, pour que le monde ne soit pas que furie. Il est nécessaire qu’il ait des confrères pour que la Terre ne tourne pas à l’envers.

 

Saluez-le donc quand vous passerez non loin de la berge où il se tient. Il vous répondra d’un salut, d’un sourire, et cet échange sera tout ce à quoi il aspire. Et dites-vous que s’il y a un spécimen qui sait ce qu’est le bonheur en vrai, c’est lui, qui ne bougera jamais d’ici.

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