L'âne et la colombe

Laurent Hellot – 2015 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Un âne gris et ses oreilles pointues ; une colombe blanche et ses ailes immaculées.

Deux animaux que rien ne rassemblait : deux êtres que tout attirait. Du poil soyeux de l’un au chant mélodieux de l’autre, des atours qui les transcendaient.

 

Un âne gris dans son champ qui se morfondait ; une colombe sur un arbre perché.

L’un secouait la tête pour faire s’envoler des mouches ; l’autre les gobait avant de l’élancer. De la complémentarité comme mode de fonctionnement, de l’utilité pour une rencontre inattendue.

 

Un âne gris qui lève la tête alors ; une colombe qui consent à s’approcher.

Un braiment en guise de bienvenue ; des froufrous de plumes en réponse improvisée.

Une conversation qui a débuté pour ne plus s’arrêter, jamais.

 

Jusqu’à ce jour sombre et froid.

 

Ils étaient bien tous les deux, lovés, fondus en un ; inconscients, oublieux de la réalité ; entourés d’une sacrée tribu, de mésanges, de lapins, d’écureuils aussi.

Et soudain ce fermier qui s’en vient, farouche et muet ; qui empoigne le baudet pour le vendre au marché. Et la colombe qui suit, bien sûr, pour ne pas le quitter.

 

Un âne et une colombe, qui cheminent de concert, l’un tiré par un bras, l’autre porté par le vent.

Une foule, des braillements, des cris, des pleurs ; une cacophonie de vie et de mort, la place publique par laquelle tous passeront, qu’ils le veuillent ou non.

 

Un âne vendu au boucher ; une colombe mortifiée.

Un fermier taiseux, mais presque ravi ; une colombe désespérée.

 

Une solitude subie ; un sentiment d’abandon.

 

Une colombe retournée à son champ, guettant ce fermier maléfique. Pour se venger, ou pour lui dire sa douleur ?

 

Cela ne sert à rien, colombe, de toutes façons : regarde qui s’en vient, et que tu n’avais pas remarqué.

 

Un nuage doux et pelucheux, qui reste inexplicablement à ton surplomb.

Mais

Il ne fait pas d’orage sur toi, ni de pluie.

Mais

 

Tu as vu ?

 

Ce dessin, avec son ombre à lui, sur le sol déployée : la silhouette d’un âne, toujours à tes côtés.

 

Un âne et une colombe, à jamais réunis, quelles que soient les fantaisies de leur destinée partagée. Le miracle de l’amour et de l’espoir, dans toute sa beauté.

 

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