L' oiseau-mouche

Laurent Hellot – 2015 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Il est juste fabuleux, il n’y a pas d’autre mot : un être empli de magie et d’une force inouïe.

Regardez-le un instant et tentez de défier ces mots, si vous l’osez : ces ailes qui battent à cent à l’heure ; ces couleurs qui se mélangent et virent au blanc, tellement elles se déplacent à la vitesse de la lumière ; cette taille, incroyable, minuscule, mais débordante d’une telle énergie pourtant.

 

Ce n’est pas un oiseau, c’est un joyau en mouvement, une pure fantasmagorie, un éclat de paradis. On ne peut rien faire d’autre que l’observer ébahi, par tant de dévouement, par de si beaux atours, dont il ne se vante même pas ; par un tel talent, une si belle mécanique de précision.

 

Allez, on ne boude pas son plaisir. On se pose sur ce talus, au bord de l’eau de cette mare enchantée, et on prend notre leçon, sur la manière d’être un bijou volant.

Notez d’abord la fleur, là-bas, à côté du roseau : ses pétales ourlés, comme une dentelle végétale, ses proportions parfaites, mélange de ballerine légère et de soleil incarné. Et puis son parfum, subtil et fin, unique et offert au monde. À nous, et à lui surtout !

Tiens, le voilà justement : pile à l’heure ! Et toujours aussi virevoltant, inépuisable et gai. La suite ? Un festival de chorégraphie.

 

D’abord une approche toute en circonvolutions, histoire de faire croire que c’est bien trop compliqué pour lui. Mais faites attention : alors que vous pensez qu’il essaye de se stabiliser, il a en fait déjà tout repéré ! Le meilleur angle d’approche, la qualité du nectar proposé, le temps qu’il lui faudra pour s’en délecter, et même, sans que vous ne l’ayez réalisé, la prochaine fleur à proximité.

Ensuite, un régal pour les yeux : son immobilité parfaite, alors que ses ailes battent à cent à l’heure et que son cœur devrait exploser. Mais pas du tout, une maîtrise totale, une zénitude remarquable, une efficacité redoutable, et nirvana, ce délice dont il peut se régaler, en une juste récompense méritée.

 

Et vrouf, il est déjà reparti que la fleur tressaille encore de son passage miraculeux.

 

Cet oiseau est un chef-d’œuvre : de beauté, de délicatesse et d’espoir aussi.

 

Pensez-y : vous tous, les géants à côté de sa taille de Lilliputien, seriez–vous capable d’autant, avec si peu d’efforts apparents et tant de brio éclaboussé ? Bien sûr, non, personne, jamais.

 

Et alors, devrait-il douter, cet oiseau ? Devrait-il se demander par quel miracle il agit ainsi ? Devrait-il décider soudain de cesser d’être ce qu’il est parce qu’il ne le comprend pas ? Et gâcher ainsi tous ses talents, faute d’arriver à les décortiquer, jusqu’à priver tous ceux qui l’entourent de sa beauté, de ce ballet unique et répété ?

 

Qu’il continue d’offrir ce spectacle merveilleux, dans sa quête naturelle et belle de ce qui le nourrit, de ce qui l’emplit, de douceur et de volupté, sans se soucier de ce qu’il pourrait risquer, de ce qu’il pourrait entraîner comme méprise, sur ses capacités, sur ses dons.

Depuis quand le regard des autres doit empêcher de devenir qui l’on est ? Depuis quand la crainte d’un possible incertain doit-elle paralyser tous les présents bénis ? Depuis quand doit-on avoir peur de soi ?

Si cela survient, il faut retourner à cette mare, et patienter, sans urgence ni besoin. On attend que le miracle se renouvelle, que la fleur s’épanche avec malice, que son acolyte ailé vienne la séduire, et goûter à ce calice divin.

 

Et on accepte d’être heureux, avec eux.

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