L'iguane

Laurent Hellot – 2015 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Un fossile vivant. Un monstre du passé. Une pierre en mouvement.

Et deux yeux, noirs et sans fond, qui vous fixent et fouissent dans votre âme éperdue.

 

Il faut être prêt à le croiser, le dévoreur de rêves, la goule insatiable. Il ne laisse aucune chance à ceux qui ne sont pas attentifs, à son pouvoir, de destruction et de rédemption, de mort et de régénérescence.

 

Si vous l’apercevez, il est déjà trop tard pour reculer. C’est que vous êtes avec lui, dans son élément, au sein de ce désert brûlant. Perdu peut-être ? Trop curieux, sûrement. Un tel voyage ne s’improvise pas. On prie pour éviter qu’il n’arrive trop tôt, on supplie de se voir épargner ce tourment.

 

Car il ne vous laisse aucune chance, aucune échappatoire. Vous êtes nu devant lui. Tous vos faux-semblants, tous vos petits secrets sont à présent étalés sur le sable incandescent à ses pieds. Il les compte, il les examine, il les soupèse en silence, mais ce n’est que le début.

 

De votre examen de conscience. De votre poids sur la balance qui la fera pencher d’un côté, sauvé, ou d’un autre, damné.

 

Alors il vaut mieux que vous soyez attentifs à ce qui va être dit, avant que la seule issue qui s’offre à vous soit la folie. Car vous n’êtes pas toute blanche, telle que vous le montrez. Des ombres malsaines se languissent dans trop de recoins de votre esprit déviant. Il ne saurait trop vous être conseillé de les affronter, avant qu’elles ne prennent le dessus et ne vous traînent au-devant de ce saurien, pieds et poings liés.

 

L’enfance d’abord, ce jardin de jeux et de joies, qu’en avez-vous fait, vous là-bas ? Un labyrinthe effroyable, un monde de noirceur et de cris, qui résonnent encore en vous. Alors ne lanternez pas, retrouvez tous les souvenirs qui errent encore dans la nuit. Polissez-les, embrassez-les, et surtout offrez-leur la lumière et l’éclat qui les sauvera et vous sauvera vous, en vous autorisant la possibilité d’avancer enfin.

 

Aujourd’hui, maintenant.

Qu’osez-vous lui présenter, à ce de demi-dieu qui vous attend avec délectation pour vous déchirer en deux, et exposer la vérité exsangue que cachait votre enveloppe rancie : il n’y a rien dedans.

 

Vous n’avez plus le choix, vous ne pouvez plus fuir, vous êtes venue de votre plein gré, emplie de morgue et de certitudes ; bizarrement, c’est ce que va vous sauver.

 

Écoutez ce chant qui vient, en suite de vous, fait des plaintes et des misères que vous avez semées. Imprégnez-vous de ses larmes, de ses pleurs, et commencez à vous laver, vous purifier à l’aune de cette miséricorde. C’est la seule solution, l’unique possibilité que cet habit de pluie et d’humidité vous pare de l’ultime armure qui l’arrêtera, lui : le pardon.

 

Ensuite, quand il aura accepté votre contrition, alors seulement vous pourrez renaître, et parcourir à nouveau les chemins de la vie.

 

Tel un nouveau-né qui jaillit d’un amas de sang et de glaires.

Telle un nouvelle âme qui se donne une seconde impulsion.

 

Pour gagner son paradis.

 

Écrire commentaire

Commentaires: 0