Le château cerné de ronces

Laurent Hellot – 2015 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Le ciel est sombre et rouge, vide de toute lumière. Le jour semble s’être consumé dans les flammes de l’Enfer. Il n’est pas question de savoir si l’on va se réveiller, mais bien d’essayer de garder la mémoire de tout ce que l’on a traversé, avant de devenir fou, avant de continuer à croire qu’on pourra atteindre, dans ces conditions

ce château aux murailles noires qu’encerclent ces ronces tordues.

 

Vous êtes sur ce chemin pourtant, le regard vide, l’œil éteint, obsédé par la seule idée fixe que votre salut ne pourra que venir de cette forteresse au loin, barricadée et imprenable, cernée de pièges formidables.

Vous avez de l’expérience, vous en avez croisé de ces monuments, des aux murs blancs et aux fenêtres ouvertes, d’autres ressemblant à une invitation offerte. Mais celui-là, ce bastion que vous visez, est aussi accueillant qu’un dragon déchaîné.

Il ne s’agit pas de vous prouver votre valeur. Vous en avez gagné des combats, démontré votre cœur ; mais face à cette citadelle cadenassée, vous pourriez tout aussi bien faire vœux de malheur ou vous jeter dans le fossé.

Il ne fait pas de doute que ce château maudit cache dans ses douves et ses caves des trésors enfouis. Il est certain que l’inconscient ou le suicidaire qui osera risquer sa vie pour cette chimère, aura peut-être une chance, si les dieux le protègent, de ne pas finir empalé ou cloué sur un siège.

Mais vous, qu’allez-vous faire dans cette guerre ? Il n’y a rien à gagner, tout à défaire : votre honneur, votre énergie, votre ardeur, vos envies. Ce que vous imaginez trouver derrière ces murs n’existe dans aucun futur.

Vous avez bien mieux à faire que de vous perdre dans ces violences guerrières, à tenter de combattre des diables et des monstres qui vous feront regretter la gentillesse dont vous avez fait montre.

 

Ce château n’est pas pour vous, il n’est pour personne d’ailleurs. Sa châtelaine a perdu tout amour et gelé son cœur. Vous ne pouvez pas l’aider, vous ne pouvez pas la sauver. Elle seule a la clé de ce royaume perdu où errent ses rêves et ses fruits défendus.

 

Vous voilà donc perplexe sur ce chemin détruit, à vous demander alors ce qui vous y a conduit. La réponse est simple, elle est limpide même : vous avez vu une lumière, un sacré phénomène. Mais cette vision d’espoir n’est pas dans ce temple damné, elle surplombe, elle domine toute la vallée, celle longue et verdoyante que vous venez d’emprunter. Vous y avez fait des rencontres alors, vous y avez trouvé réconfort, dans les bras d’une amante qui vous a mis dehors. Vous pensiez que la solution était de partir en quête de la partenaire parfaite, vers ce château donc, et son cortège de ronces.

Et pourtant, vous n’avez pas bien vu, aux pieds de ces pentes, dans les herbes drues : il se cache, il se prélasse une demoiselle mutine, qui domine et surpasse tout ce que vous auriez cru ; elle est belle, elle est piquante, elle pourrait donner des leçons à vos anciennes amantes. Ah bien sûr, elle ne vous attend pas. Elle n’est pas de ce genre qui fait des manières avec son joli minois. Elle, elle avance, elle ne perd pas de temps, et elle apprend de la vie et de ses éléments.

Pourquoi patientez-vous donc encore ? Mais attention : surtout, surtout, ne partez pas à sa recherche, vous ne la trouveriez pas. Elle ne se dévoile qu’à ceux qui ne l’espèrent pas. Vous la rencontrerez, à n’en pas douter, si vous choisissez enfin de continuer à apprendre pour vous, et pour vous seul, et non plus quérir l’amour dans le moindre linceul.

Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rencontres qui nous offrent et nous montrent, combien le bonheur est facile, pour peu que l’on oublie les conquêtes futiles et les obsessions de ne pas finir solitaire dans son propre salon.

 

Vous pouvez être heureux à présent : vous avez perdu un château d’effroi et trouvé une fée des bois.

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