L'oiseau arc-en-ciel

Laurent Hellot – 2015 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Il file vers l’azur d’un trait, sans même vous considérer. Il vise le ciel et sa liberté, l’azur et son air purifié, l’espace et son temps illimité.

Il n’a pas de répit, pas de repos, il trace tant qu’il peut, tant qu’il a l’énergie de monter, de s’élever plus haut, vers ce qui paraît inaccessible, à beaucoup, à tous, à l’humanité : voler

 

vers un but qui semble incertain,

vers un objectif nébuleux,

vers une étoile éloignée.

 

Il ne se demande pas la raison de son urgence soudaine, de ce besoin de grimper, encore et encore, toujours plus haut, toujours plus fort. Il bat des ailes, quitte son arbre, son jardin adoré, il traverse les nuages, puis les nuées. Il sent ses poumons qui le brûlent, dans l’air glacé.

Mais il ne flanche pas, il ne ralentit pas, il ne marque pas le pas.

 

Il sait qu’il va y arriver.

 

Où ?

 

Qu’importe ! La griserie de l’effort, son cœur qui bat à cent à l’heure, ses peurs oubliées, tout cela le convainc qu’il a raison, non pas de tenter, mais de faire, non pas d’essayer, mais de concrétiser

son intuition, son frisson, ce sentiment qu’il n’y a pas d’autre choix

 

que de prendre part à l’immensité,

que d’offrir ses couleurs à la vue

 

de tous, de ceux qui osent lever la tête enfin

 

et voient ce bijou volant, cette comète de couleurs, prendre forme et flammes à leurs yeux.

 

L’oiseau arc-en-ciel vole toujours, vole encore, après toutes ces années. Il a oublié qui il était, il a oublié d’où il venait. Il plane maintenant, mais continue son ascension, vers les tréfonds de l’espace, vers des chants nouveaux.

 

Il ne s’est pas arrêté, jamais.

Il n’a pas flanché, à aucun moment.

Il n’a pas douté, plus du tout.

 

Il est parmi les étoiles qu’ils apercevaient, parfois, de sous les frondaisons, mais cette fois, il est au milieu d’elles, incandescent et pressé.

 

Il ne le sait pas, il ne le sent pas,

 

mais il a changé, il s’est transfiguré, il est devenu autre que celui qu’il croit encore incarner.

 

Il n’est plus de plumes et d’os. Il n’est plus fragile et léger.

 

Il est une boule d’énergie irisée. Il est un soleil en mouvement. Il est le berceau de la vie, d’un monde à réinventer, d’un futur nouveau et imaginé.

 

Il pense battre encore des ailes ; il est une fusée. Il croit respirer un peu ; il est le souffle du vent. Il se demande s’il est suivi ; il trace un sillage lumineux.

 

L’oiseau arc-en-ciel est ce que nous pourrions, tous, devenir si nous osions

 

lever les yeux au ciel, non pour nous plaindre et prier, mais pour embrasser la beauté de notre destinée, aussi dure et violente soit-elle, aussi douce et généreuse parfois, d’avoir la chance de rêver, et de peupler nos vies d’enchantements, même menus, même discrets, tant qu’ils apportent un peu d’amour parmi nous, parmi ces peuples perdus, parmi ces femmes oubliées, parmi ces hommes exsangues, parmi ces enfants effrayés.

 

Cet oiseau n’est rien d’autre que nos cœurs, impulsifs et constants, qui nous mènent à travers les années, sans faillir, sans douter, avec vigueur et humilité, dans un élan ultime et bienfaisant : irriguer la vie,

 

de chaleur, de nourriture, de purification et de permanence bienveillante.

 

Cet oiseau est partout, au-dessus, au-dedans, au loin, au près : il n’appartient qu’à nous de l’apprivoiser, pour qu’il nous montre le chemin,

 

vers la Vérité.

 

De celle qui jaillit de l’effroi, de celle qui fait exploser les carcans, de celle qui éclaire d’un flux inédit,

les mensonges et les petitesses, les tricheries et les pis-aller, les renoncements et les médiocrités.

 

Cet oiseau ne cessera jamais son voyage, il ne peut plus, il ne peut pas. Il est parti pour des éons de traversée, d’exploration, de découverte et d’inspiration.

Certains n’en verront qu’un fragment, d’autres un éclair de feu, d’autres encore une plume dorée.

 

Cet oiseau est ce que vous voulez : l’espoir, le paradis, l’audace aussi.

 

mais il ne pourra pas remplacer ce qui vous anime au fond et que vous avez enfoui dans le tréfonds

 

de votre chair et de votre sang

de vos jours surmenés

de vos nuits agitées

 

l’Amour infini.

 

Un amour pur et doux, comme une caresse veloutée, une vague qui vient lécher le sable blond

 

un matin nouveau, ainsi qu’il se présente à nous et que nous négligeons de considérer comme ce qu’il est,

 

une chance de se réinventer, de transcender notre histoire, d’offrir plus que cette course effrénée, à la quête de possession, à l’urgence d’avoir et de garder.

 

Offrir, simplement, sans tergiverser.

Ouvrir, naturellement, son âme à la nouveauté

Et recevoir le plus beau des cadeaux :

 

la confiance retrouvée.

 

Décider alors, nous aussi, d’être cet oiseau libéré, et s’élancer dans l’azur à nouveau, pour poursuivre ce cycle éternel et beau : la transfiguration.

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