Le geyser

Laurent Hellot – 2015 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

D’abord un calme trompeur, sur cette lande de pierres de couleurs ; puis un grondement sourd, de plus en plus présent ; et soudain

 

cette trombe d’eau, ce jaillissement dément, cette puissance phénoménale,

 

un geyser en majesté.

 

Il monte vers le ciel d’un jet, il tutoie les étoiles d’entrée de jeu, et grimpe, grimpe, à ne plus pouvoir s’arrêter.

Et soudain, il cesse net sa progression, il semble hésiter, il s’immobilise, il est à l’arrêt.

 

Et il retombe, il s’évanouit et se dissout dans des profondeurs insoupçonnées, passant de tornade à ruisseau.

 

Et le silence à nouveau.

 

La lande minérale retient son souffle. Elle sait qu’il va rejaillir, en une bombe liquide, en une projection furieuse, mais

 

elle ne sait pas quand cela va arriver,

elle ne sait pas comment s’y préparer,

elle ne sait pas combien de temps cela va durer.

 

Le sait-il lui-même d’ailleurs ? Ou n’est-il que le jouet de ses propres pulsions, incapable de rien contrôler, victime et bourreau à la fois, de sa force et de sa volonté

 

d’exploser à la face du monde,

de montrer ce qu’il peut,

d’afficher ses ambitions

 

mais de ne jamais aller au bout,

de s’essouffler aussitôt

de faire comme si c’était voulu.

 

Et pourtant, il n’en est pas loin, d’atteindre son paradis.

 

Il en a l’incroyable nécessité.

Il en a la puissance intégrée.

Il en a l’évidence ressentie.

 

Ce geyser n’est qu’au début de ce qu’il pourrait ; il n’est qu’un ersatz de sa destinée ; il n’a encore rien initié.

Certes, il hurle ses envies d’exister ; certes, il affiche son pouvoir ; certes, il impressionne beaucoup.

 

Mais il n’a pas encore compris le pourquoi,

 

de la beauté de l’eau qui le constitue,

de la puissante source d’où il est issu,

de tout ce qu’il a encore à appréhender pour atteindre cette étoile qui l’attire irrésistiblement :

 

Orion.

 

Ce monde oublié, ce rêve vécu, ce voyage interrompu.

 

Alors que, pour une fois, il retienne ses coups ; qu’il canalise sa pression ; qu’il calcule sa cible. Et ensuite,

 

qu’il lâche tout, à foncer dans le vide sidéral, à fixer cette lumière au loin, à garder à l’esprit, ce pour quoi il est ici.

 

Être un pont entre le haut et le bas.

Être un lien entre les cieux et les ravins.

Être la connexion attendue, si longtemps, en vain

 

Entre son amour et sa vie, entre son cœur et son destin, entre son âme et ses chants.

 

Et qu’il explose alors en une gerbe d’eau qui fera naître la beauté absolue :

 

un arc-en-ciel permanent.

Écrire commentaire

Commentaires: 0