La Dame Blanche

Laurent Hellot – 2017 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Elle est assise sur un rocher et vous regarder arriver, la tête un peu penchée. Elle a un visage doux, bien loin de ce spectre effrayant comme tant se plaisent à la désigner.

Elle est songeuse, en réalité, perplexe de sa situation, ni ombre, ni ange, juste entité éthérée qui s’est égarée entre deux mondes désirés.

Elle quémande une attention, un respect, une écoute surtout, de ce qu’a été sa vie et son trépas soudain. Elle ne se rappelle plus trop, d’ailleurs, après tous ces siècles écoulés, si ce qu’elle raconte à qui veut se réfère encore à une quelconque vérité. Les brumes du temps se sont chargées de lisser les scories des mémoires passées. Il ne reste plus que le meilleur, le souvenir du sourire de son aimé.

Faute de spectateurs avisés, elle se contente de disserter parmi les bruyères et les pierres levées, à ce que sont ses rêves et à ce que brûle ce présent : des espoirs éteints, des chances fanées, des avenirs incertains.

Elle sait qu’il y a eu moins quelques elfes et deux lutins qui la suivent avec attention, jouant avec ses tresses parfois, habillant sa robe de fleurs des champs ; cette compagnie, si réconfortante soit-elle, ne lui offre pas le repos désiré ; ce souhait vibrant de mettre un terme à cette errance sans objet.

Elle ne veut pas comprendre pourquoi elle stagne encore en ce milieu, ni vivante, ni morte, juste égarée. Elle désire simplement que ces jours perdus se dissipent parmi les trilles des années, tamisés et filtrés pour qu’ils ne l’encombrent plus.

Elle n’en peut plus de cette situation, de cette icône qu’elle est devenue, à la fois monstre de foire pour petits et grands, et légende infinie qui hante les mémoires et les chants.

 

Elle flotte, voilà, dissoute et réelle en même temps ; perdue et visible pour chacun ; attentive et désespérée aussi,

 

de voir ce monde qui change et qui ne signifie plus rien ;

d’assister à la destruction de tout ce qu’elle connaît ;

de rester impuissante à quoi que ce soit.

 

Elle pourrait pleurer si cela avait un sens, mais elle est vide et transparente, comment étreindre et rassurer ?

 

Elle ne peut, qu’encore et toujours,

 

attendre,

 

une aide, un secours,

une vie, un amour,

une issue, un paradis.

 

Elle devine que le terme n’est pas loin, mais elle se languit de ce flou permanent. Elle préférerait être utile au moins, à défaut d’incarnée, et non plus cette lumière trouble qui fait peur souvent.

 

Alors elle se distrait comme elle peut, en cherchant un moyen de communiquer, de se faire entendre, que la douce musique de sa voix résonne encore, même si c’est pour effrayer ceux qui ne comprennent pas, même si c’est pour surprendre ceux qui ne l’attendaient pas, même si ce n’est que pour marquer encore et toujours l’immense fossé qui séparent les vivants des esprits.

 

En ces nuits qui fraîchissent, elle se doute que les rencontres se feront rares, qu’elle n’aura plus pour seule compagnie que l’éclairage de la Lune blafard. Elle ne s’y habitue pas, elle s’en contente, c’est tout.

 

Jusqu’au jour qu’elle appelle de ses vœux, où un ange de lumière doré, viendra enfin lui prendre la main, et l’emmener de l’autre côté.

 

Serait-ce vous ? Ou n’êtes-vous pas encore prêt ?

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