Immense

Laurent Hellot – 2017 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

De la Terre aux étoiles dans une même lancée.

Une porte tout autant qu’une fusée.

Une statue qui pourrait s’envoler.

Un arbre enraciné.

 

Issu d’une infinité de passés, germé d’une multitude de réalités, ancré dans un présent qui ouvre à l’immensité, il a choisi d’incarner le temps écoulé, en un marqueur de la fugacité, tandis que lui persiste à se développer.

 

Tout a commencé dans un champ boueux et souple, où sa graine a pu s’enfoncer, en une promesse de continuité. Il ne se souvient plus d’où il est issu, tant la multiplicité des ramifications qui conduisent à son identité est mélangée et mêlée. Il n’en est pas perturbé, au contraire, tout heureux de ne pas être unique, mais partie d’une Nature qui l’a bercé, magnifique.

Il a attendu ensuite, l’eau, la chaleur, ce cocon de terre et d’énergie qui a pu le guider sur la voie qu’il avait choisie : passer de souterrain à visible, d’enfoui à disponible. Cela lui a pris du temps, mais il ne s’en souciait pas, tant le décompte des minutes et des heures n’est pas de son état. Il importait seulement de jaillir, d’offrir cette tige, ces feuilles, au soleil et à la pluie.

Et c’est arrivé. Ce germe qui sort de l’humus, cette pousse qui éclot dans la générosité, de cet environnement magistral, celui de la vie et de ses possibles formidables. La forêt était jeune alors, il en était un des premiers représentants. Il était fier d’oser se montrer, de tenter de rejoindre ces aînés qui le précédaient, dont il sentait les ondes bienveillantes et la solidarité. Lui seul tentait de grandir, de s’affirmer, mais ils étaient des millions à l’accompagner, par un lien qui a toujours existé. Il se croyait faible et petit, mais le nombre de ceux qui l’encourageaient était infini.

Il a connu la gelée terrible, le froid effrayant ; la canicule ostensible et les vents permanents. Ce n’était pas une menace, ni un danger, mais l’occasion de s’affirmer et de se renforcer. Il en a tiré des leçons, il s’est appliqué, à s’adapter aux variations des saisons enchaînées.

 

La vie était belle alors, au sein d’un grand tout, perdu mais reconnu, singulier mais aimé.

Et puis ils sont arrivés. Ils étaient déjà là avant, mais il ne les avait pas croisés.

 

Deux jambes, deux bras, et une tête farcie de fatras. Une énergie brouillonne, une différence énorme, du moins le croient-ils encore, alors que ce n’est pas vrai, que rien n’est plus fort que leurs existences diversifiées.

Il les a regardés, abattre d’autres comme lui, faire table rase d’un petit paradis ; transformer des bois, des taillis, en champs et en prairies ; apposer leurs marques, leurs empreintes, comme une étouffante étreinte.

Il les a vus naître, progresser, apprendre, puis oublier ; combien ils sont ancrés dans ce monde qu’ils s’obstinent à ravager ; à quel point ils paraissent absurdes à vouloir tout dominer.

Il ne dit rien, ou plutôt si, il a essayé de leur crier ; mais ils ne savent plus écouter ; mais ils ont oublié les pactes passés. Alors il a continué à se développer, à étendre ses ramures, son tronc veiné. Il a persisté à poursuivre ce qui le faisait vibrer : offrir ses branches pour des nids, partager avec le sol la lumière du soleil béni.

Et il est devenu qui il est : un maître, un gardien, un symbole du lien

entre les hommes et la Terre,

entre les humains et l’Univers.

 

Il a conscience que ces béotiens n’ont pas le plus petit début d’une idée de ce qu’il peut bien représenter. Ils l’ont cerné de maisons, comme si ces pauvres constructions en carton allaient pouvoir rivaliser avec ce qu’il est, tenter de durer autant qu’il le fait. Il les a d’ailleurs vues se bâtir, puis s’écrouler, se reconstruire et s’édifier, issues de la roche qu’il connaît, puis d’un substrat sans intérêt. Elles sont fragiles, elles sont branlantes, quels que soient les efforts et les vis mises dans leurs charpentes. Elles n’ont rien de commun avec lui, si ce n’est un vis-à-vis. Elles n’apportent que laideur et béton dans un endroit où les fées sont légions, dans un lieu où les petits êtres se rassemblent pour des fêtes.

Et lui reste là, à étendre ses bras, à s’étirer et se réinventer après chaque hiver dépassé.

 

Pourtant, la vibration a changé. Il n’est plus question de destruction, ni de dangers ou de frénésie à consommer. Il en ronronnerait presque de cette nouvelle arrivée : un ange à lunettes et à salopette froissée, qui lui tourne autour sans oser le saluer. Cela l’amuse, cela le distrait, de voir cette femme qui n’a pas encore osé, malgré tous les signes qui lui sont envoyés. Alors il la titille, il s’en va la chatouiller, il lui fait sentir son énergie de pure bonté ; il lance des étincelles d’énergie, des rêves les plus jolis, des envies de gratter un peu la surface, des rires, des grimaces.

Il est heureux que ce soit elle, car elle a l’envergure, le potentiel, pour apprendre vite et bien, tout ce savoir qui frise le divin ; les chants sacrés, les runes parfaites, la magie blanche et la puissance distraite. Il sait qu’il ne doit pas tarder à lui faire part de tous ces secrets, car elle va vite s’en aller, avec une contrée à sillonner, des gens à aider, des cœurs à libérer.

 

Lui restera là, encore et toujours, mais il sera lié à elle, par tout cet amour.

Écrire commentaire

Commentaires: 0