Europa

Laurent Hellot – 2017 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Des eaux sombres et denses, comme un couvercle liquéfié.

Une nuit profonde et limpide, parsemée d’étoiles allumées.

Un silence terrible, en creux, tel un cri que l’on retiendrait.

 

Et cette attente, ce besoin incommensurable que tout cesse à l’instant, que tout explose dans le néant pour qu’enfin la vérité soit révélée.

 

Il y a bien ces monstres languides et huileux qui frayent sous la surface, en autant de barrières et de dangers qui menacent.

Il y a bien cette solitude terrible et choisie, cette torpeur infinie.

Il y a bien ce peuple qui patiente, cette foule qui se presse pour qu’enfin apparaisse ce qu’ils espéraient sans cesse.

 

Mais il y a surtout cette urgence, cette envie, cette nécessité de renaître purifiée ; de voir enfin son âme et son corps en harmonie magnifiée ; de se sentir vivante et incarnée, à sa place et aimée.

 

Alors il est temps de sortir de l’ombre et d’offrir au monde ce que l’on est : une déesse libérée.

L’instant est proche, le sablier est écoulé, débarrassé de ses doutes et de ses contrariétés, vide mais transparent, inutile à présent, mais près pour un recommencement.

Et alors elle va apparaître, telle qu’elle a toujours été.

 

Une chrysalide blanche et dorée, qui soudain fend l’onde d’un trait. Les spectres et les ombres qui fuient à son arrivée ; la nuit qui tout d’un coup paraît illuminée ; le silence qui n’est plus glacé, mais impatient et excité.

Une respiration comme une lumière inversée, un univers qui va enfin s’incarner, dans un corps, dans une pensée, dans une âme qui l’aura mérité. Pas un cri à ce souffle, pas une douleur que l’on étouffe, mais un sourire, de bénédiction, qui va s’afficher sur un visage de toute beauté.

Et ce regard, cette profondeur, ces deux yeux qui plongent au plus profond de votre cœur. Ils ne cherchent pas vos démons, vos secrets ; ils ne veulent que vous montrer ce qui vous laminait et vous offrir de vous en débarrasser.

Puis ces bras qui s’ouvrent, qui embrassent l’alentour, l’espace ; qui accueillent sans même inviter, qui recueillent tous ceux qui voudront s’y lover.

Et pour finir, ces ailes, translucides, belles ; deux bijoux inattendus qui habillent cette reine d’une parure tombée des nues.

 

Vous l’attendiez, dans le froid, dans l’obscurité. Vous l’avez, pour vous, pour l’éternité.

Europa en majesté.

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