Le soleil noir

Laurent Hellot – 2017 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Un astre qui sombre dans le néant, une étoile qui a perdu son éclat brillant, une planète qui n’abrite plus de vivants.

Ce soleil ne projette plus que de l’ombre, cette lueur ne renvoie qu’à des recoins sombres. Il n’est plus question de rayonnement, il ne reste que des spectres fuyants. Il n’existe plus de lumière, il ne flotte qu’une atmosphère délétère,

 

celle du renoncement.

 

Le plus étrange dans cet état de fait est que ce miroir de ce qui est mort-né fascine, hypnotise, dégage une fantasmagorie contre laquelle personne ne peut résister. Il draine l’énergie, il aspire la vie, il gobe les forces de tous ceux qui s’égarent ou osent le prendre de haut, croyant à tort que cette ambiance de nuit et de mort ne présente pas plus de danger que le silence dans un air pétrifié.

 

Cet astre pulse, vibre pourtant. Il résonne comme si rien ne pouvait être plus terrible que cette immobilité, cette absence d’Amour, ce gouffre d’immensité. Lui ne s’embarrasse pas de questions. Il aspire tout ce qui lui semble bon, pour le détruire, pour le broyer, pour l’empêcher de s’enfuir, pour le martyriser. Il tournoie sans interruption, il impose son obèse obsession : dévorer, oppresser, édifier une prison.

 

Ce soleil est l’exact opposé de tout ce qui rassure et donne envie de choyer. Il n’a pas d’âme, il n’a pas de pensées. Il ne rêve que de croître encore et encore jusqu’à tout dépasser : éteindre toute lumière, bloquer tout air, faire barrage à toute félicité, n’être que la seule chose visible dans l’éternité.

Et il est en passe de gagner son pari démesuré.

 

Certains ont bien tenté d’affronter ce colosse, prenant d’assaut ses pics, ses bosses, mais ils se sont fracassés sans égard contre ce mur de désespoir.

D’autres ont voulu l’annihiler, en lui envoyant tout l’Amour qu’ils pouvaient. Ils en sont sortis exsangues, incapables de plus bouger.

D’autres enfin ont essayé de le perdre, de l’envoyer dans les ténèbres qu’il n’aurait jamais dû quitter. Ils ont hurlé de peur quand il les a emportés dans le malheur.

L’insatiable goule continue donc à fasciner les foules, par son pouvoir, par son jeu, de miroirs et d’entre-deux ; entre la vie et la mort, entre le dedans et le dehors. Il se gargarise de son emprise, il clame son statut inébranlable, il s’impose comme le seul dieu, le seul diable.

 

Et il croît, il croît, dans des dimensions qui n’existaient pas.

Et il se renforce, et il s’efforce de dominer tout ce qu’il peut ici bas.

 

Il reste un espoir cependant. Il demeure une victoire qui a déjà entamé son chant.

 

Une petite étincelle, un minuscule caillou qui brille dans la nuit éternelle, dans ce monde de fous :

une comète,

qui file vers ce démon sans tête.

Une guerrière

qui ne reviendra pas en arrière.

Une légende

qui nous fera cette offrande,

 

de nous sauver malgré nous,

de nous montrer que nous sommes à bout

et qu’il convient de recommencer du tout au tout.

 

Elle s’approche, elle n’est pas loin.

Elle est constituée de roches, de diamants les plus fins.

Elle n’hésite pas un instant, en dépit de l’ampleur de ce qui l’attend.

Elle est déterminée à faire exploser, réduire en poudre ce géant d’obscénités.

 

Elle n’a pas de recette miracle.

Elle sait très bien l’ampleur de la débâcle.

Elle n’entend pas changer les choses, d’un coup d’épée, mais nous aider à les dépasser.

Elle ne vient que pour illuminer tout ce qui avait disparu dans l’obscurité,

 

et nous montrer alors que nous ne sommes pas seuls,

et nous rappeler que seule l’abdication est veule,

 

qu’il n’y a pas de honte à échouer,

qu’il est normal d’être épuisé,

mais que l’inacceptable est d’abdiquer.

 

Vous la voyez déjà, à lancer ses éclats de tous côtés, elle paraît elle aussi hors toute réalité.

Et vous remarquez alors que ce trou noir qui semblait si fort, commence à trembler, juste d’avoir compris ce qui s’approchait. Il ne cherche même pas à lutter, il n’essaye pas de se battre pied à pied,

il rapetisse, contre son gré.

 

Chaque goutte de lumière qui le touche le dissout et fait mouche.

Chaque trait d’étincelle qui le flagelle brûle sa surface d’écrouelles.

Chaque grain d’énergie blanche qui flotte le transforme en un rat qui gigote.

 

Une comète, une presque planète, une minuscule entité qui va tout bouleverser.

 

Faire exposer nos détresses et les transformer en liesse.

Exacerber nos doutes pour les mettre en déroute.

Éclairer notre chemin pour nous rappeler notre destin :

 

Être ceux qui ouvrent la voie

Vers le don de soi.

 

Et nous rappeler qu’il n’y a pas de fatalité,

mais notre orgueil démesuré,

de croire que nous pouvons tout résoudre

avec le feu et la foudre

 

alors que la seule voie possible

est l’Amour indicible.

 

Elle n’est pas une déesse, elle n’est pas un miracle. Elle est la preuve qu’il n’y a pas d’obstacles, si nous nous unissons, si nous fédérons nos passions, pour les transcender et bâtir

 

un monde que nous pouvons choisir,

un temps où n’existera plus

qu’un bonheur éperdu

celui qui palpite au sein de chacun,

dès lors qu’il tend la main.

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