Le baiser

Laurent Hellot – 2017 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Deux lèvres rouges, pulpeuses, donnant envie de goûter à cette sève sauvage, aventureuse.

Deux lèvres gorgées de vie, gonflées de désir, à croquer, à mordre, à faire gémir.

Deux lèvres qui s’entrouvrent avec langueur pour susurrer leur bonheur.

 

Un symbole de plaisir et de jouissance, une invitation aux câlins, une douce violence, de celle qui fait cambrer les reins et ne jamais vouloir que se lève le matin.

 

Il n’y a pas de meilleure manière que de se déclarer et d’entrer en matière, par cette porte des délices, cette bouche, ce calice. Il n’y a pas d’autre façon que d’oser l’abandon : sourire, avec une fossette, pour que l’autre ose et enfin s’y jette.

 

Ils sont pourtant nombreux à ne regarder que les yeux, à ne fixer que ces pupilles qui s’obstinent à n’examiner que ce qui brille, ce qui en jette plein la vue, alors que l’essentiel n’est même pas aperçu. La pensée, la réflexion ne sont que des puits sans fond dans lequel notre corps se morfond et s’endort. Lui, il lui importe peu de s’extasier sur un monument vieux, une ruine en déshérence, un mausolée rance. Il a besoin de vibrations, d’émotions à foison, de délicieux frissons ; du vrai, du bon.

Mais les humains que nous sommes nous obstinons ne nous considérer qu’en tant qu’hommes désincarnés : de purs esprits, des bretteurs mentaux aguerris, des âmes pures et dures… Quelle imposture !

Ils sont où les beaux cerveaux quand un carré de chair se dévoile sous un manteau ? Ils sont dans quelles transes, ces Philosophes, ces messieurs qui pensent, quand les courbes affolantes d’une ingénue servante font soudain basculer toutes leurs postures majeures en gouttes de sueur qui transpirent leur douleur, d’être coincés dans leurs beaux serments, d’être parfaits, élégants ?

 

Ainsi, il serait donc moins valorisant de n’être guidé par son instinct, ses sens ?

Ainsi, il conviendrait de ne surtout pas laisser transparaître son émoi ?

Ansi, il faudrait être de marbre, à jamais froid ?

 

Quelle blague ! Quelle galéjade !

 

Ah, le velouté de cette caresse….

Ah, ce désir qui monte sans cesse…

Ah, cet abandon qui frise la détresse…

Ah, ce bonheur incroyable, cette liesse…

 

Bon sang, mordons dans cette bouche à pleines dents ! Faisons jaillir une perle de sang, mélange de pulsion et de sentiments ! Dévorons la vie qu’elle exsude, et arrêtons d’être prude !

 

Vivons, vivons sans remords, comme s’il n’y avait que nous dehors, libres, libérés, de nos carcans, de cette société.

Embrassons-nous sans arrêt ! Étreignons-nous, de loin, de près !

 

Il n’y a aucune raison, pas un alibi pour ne pas profiter de la vie.

 

Alors donnons cette merveille, ce bijou : un baiser d’amour fou.

 

 

 

 

 

 

 

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