Le feu d'artifice

Laurent Hellot – 2017 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Des couleurs, des éclats, partout ; mais le noir autour, un truc de fou.

Des cris, de la joie, des mains qui clappent ; mais la nuit, comme dans une trappe.

Des envies de fêtes, des bals, des chants ; mais cette obscurité, derrière, devant.

 

Une célébration qui ne serait qu’une étincelle dans un puits profond.

Une fiesta sur Terre qui ne ressemblerait qu’à une smala au plus profond de l’Enfer.

 

La joie n’est qu’une façade, une manière de donner le change, une parade ; une façon de supporter le désespoir qui sourde dès que personne ne peut nous voir.

L’enthousiasme n’est qu’un leurre qui évite d’affronter ses peurs, en braillant, en courant partout, sautant, manière de ne surtout pas à avoir à regarder en soi,

 

cet abîme, ce gouffre, qui révèle combien l’on souffre,

cette tristesse, cette détresse, qui nous marquent, nous oppressent.

 

Alors ce feu d’artifice.

Alors ces bravos, ces bis.

Alors cette exubérance, cette transe.

 

Alors cette fuite en avant, cette urgence, de savoir que l’on porte en soi un cauchemar sans oser y voir un miroir.

 

Le feu d’artifice va s’arrêter pourtant.

Le silence va se faire, un instant.

 

Et soudain surgir le néant,

ce trou noir de nos espoirs,

cette crevasse à laquelle nous faisons face,

cette faille qui nous barre le chemin où que l’on aille,

ce rappel que le Destin gagne toujours la bataille,

 

si

nous nous obstinons à tourner en rond,

nous refusons d’affronter nos démons,

nous persistons à ne pas écouter la raison

 

qui nous dit de nous faire confiance,

qui nous abjure de tenter notre chance,

qui nous rappelle combien la vie est belle

et qu’il n’y a pas lieu de se lancer dans une fuite éternelle.

 

Alors ce feu d’artifice.

Alors ces bravos, ces bis.

Alors cette exubérance, cette transe.

 

Oui, oui, et oui ! Si nous tenons à rester épanouis, si nous nous octroyons un répit, si nous nous avouons notre déni,

pour ce si petit secret, pour cette minuscule angoisse qui nous rongeait, pour cette erreur du passé qui n’aurait jamais dû exister.

Mais voilà, elle a été accomplie ; mais voilà, nous avons été pris ; mais voilà, nous nous croyons maudits,

 

alors que tout cela est insignifiant, et ne pèse rien au regard du Temps, de ces larmes d’oubli et de grâce qui effacent toutes traces, tous péchés, pour nous permettre de continuer.

 

Alors ce feu d’artifice.

Alors ces bravos, ces bis.

Alors cette exubérance, cette transe.

 

Encore, encore, encore ! Pour enfin le vivre pleinement, sans arrières pensés, sans ressentiment ; pour profiter entièrement, de la joie, du contentement, du bonheur de se sentir vivant,

dans l’instant,

dans le présent,

au cœur de notre existence d’enchantement,

enfin soulagé et souriant.

 

Un feu d’artifice à venir, de joies, de plaisirs, lorsqu’il sera admis que le passé a sombré dans l’oubli et que seul compte le futur, qui n’est rien d’autre que nos actuelles aventures, démultipliées, enjolivées, exacerbées, et de toute beauté,

 

le privilège d’exister.

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