Bagatelle

Laurent Hellot – 2017 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Un jardin de roses et de vin.

Un lieu doux et divin.

Un endroit que l’on ne voudrait plus quitter, sous aucun prétexte, jamais.

 

Pourtant, quelque chose ne va pas. Vous le percevez bien, vous vous sentez à l’étroit. Tout le monde s’époumone à vous seriner que vous vivez dans un paradis rêvé, et vous, vous vous ennuyez, vous n’en pouvez plus de toute cette beauté, vous supportez de moins en moins toute cette perfection, ce bonheur à profusion.

Ce bonheur vraiment ? Est-ce ce que vous avez voulu qui survienne dans votre environnement ? Avez-vous désiré être planté là, entre ces rosiers, cette forêt parfaite, cette source discrète ?

 

Vous ne pouvez vous leurrer : vous n’êtes pas fait pour l’immobilité, serait-ce même au sein de ce nirvana, cela vous rend dingue comme un roi, qui aurait un trône mais pas de sujets, qui aurait un royaume, vide d’attrait, à qui l’on aurait promis des conquêtes, des pays nouveaux et qui se retrouve à regarder par une fenêtre, s’il fera beau.

Et vous vous sentez mal, parce qu’être perçu comme un enfant gâté qui s’emballe n’est pas votre façon d’être, n’est agréable, ni pour votre corps, ni pour votre tête. Vous le voyez bien, aux nuits d’enfer que vous vivez, là où tous les autres dorment comme des bébés. Vous cogitez, que vous le vouliez ou non, parce que vous vous sentez dans une prison, et même si vous essayez de vous convaincre que vous avez de la chance, que cette oppression, vous pouvez la vaincre, vous n’en pouvez plus d’être ainsi contenu.

 

Oui, ils vous disent tous que repartir dans le monde réel est pire que les écrouelles, que les fauves sont légions et qu’ils vont vous faire la peau, sans exception. Mais vous vous en fichez. Vous voulez sentir votre sang tourbillonnez, vous voulez avoir peur, avoir faim, et être vivant, enfin ;

et non plus ce coq en pâte qui se gâche et se gâte ;

et non plus être ce loukoum gras, qui ne vous ressemble pas.

 

Alors vous culpabilisez, d’être à la fois incapable d’apprécier ce présent parfait et de mettre en œuvre votre futur désiré.

 

Et si vous ne faisiez rien ?

Et si pour une fois vous faisiez confiance à votre bonne étoile, votre ange divin ?

 

Ne plus vouloir tout et son contraire, mais se laisser faire.

Ne plus réclamer tout et rien, et voir ce que sera demain.

 

Oui, c’est encore abdiquer et ne pas décider, mais qui croyiez-vous leurrer en clamant que vous êtes le centre de votre destinée ? Il y a vous, et il y a les autres aussi, sans qui vous seriez perdu, comme un bébé qui crie et qui ne sera rassasié que si sa mère lui tend son sein gorgé de lait.

 

Alors attendez,

 

que la roue ait tourné,

que le soleil se soit levé,

que les jours s’enchaînent et vous offrent ces joies qui viennent.

 

Il n’y a aucune honte à assumer de reconnaître que l’on ne peut pas tout accepter, vouloir, initier et que parfois,

il faille juste patienter.

 

Restez donc encore un peu dans ce jardin.

Profitez de calme, de l’environnement serein.

 

Et quand ce sera l’heure, soyez prêt, soyez bien

Car vous aurez ce que vous avez rêvé, enfin.

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