Belle

Laurent Hellot – 2017 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Deux ailes déployées, un visage d’ange.

Une couronne de cheveux dorés, un sourire étrange.

Un geste d’accueil et de pardon, visible jusqu’à l’horizon.

 

Elle n’est pas ce qu’elle montre vraiment : ces murs de pierres, cette tour de géant. Elle représente bien plus que cela, que ce bâtiment austère et froid. Elle n’a pas oublié ce temps, où elle brillait et rayonnait. Elle n’attend que ce moment où elle pourra à nouveau offrir ce qu’elle sait : cette sagesse immémoriale et cette connaissance incroyable, ce don d’amour et de partage, cet infini voyage.

 

Aujourd’hui, elle n’est plus qu’un mausolée où viennent errer les touristes égarés, les personnes âgées. Elle les accueille avec joie, même si elle perçoit leur tristesse, leurs prières éplorées. Elle les réconforte, elle les cajole, en dépit de leur détresse, de leurs doléances folles. Elle se languit cependant de ces cérémonies grandioses qu’elle abritait, en une apothéose. Elle n’a plus droit maintenant qu’à des messes ternes et des chants plats, là où avant, résonnaient les vivats. Elle ne sert plus qu’à répéter une liturgie vaine et surannée, alors qu’elle connaît tant de secrets, de formules sacrées. Elle qui dans sa jeunesse vibrait d’enthousiasme et de liesse n’a plus que le silence en retour, là où devrait éclater, la joie, les beaux atours. Elle ne se reconnaît plus, sclérosée et perdue. Elle ne voit pas pourquoi elle continue à se dresser dans ce pays plat, à perte de vue, sans plus d’objet que d’objectif, à ne concurrencer que des ifs. Elle peut tellement plus, tellement mieux, que cette posture juste pour les yeux.

 

Heureusement, il lui reste ce trésor, cette âme qui palpite et réveille les morts, ce cœur d’or et de lumière, qui se cache dans le presbytère, cet astre de vie qui irrigue tout ce qui est triste et gris, cet ange de beauté, cette flamme dans la totale obscurité, cette goutte d’énergie avec la force cent grizzlis.

Elle la chérit, elle la berce, lui promettant que ce temps n’est qu’une sieste et que bientôt, elle se réveillera sereine et sidérante, de puissance exubérante, à même de disposer de ses dons pour l’Humanité.

 

Elle se doute qu’il n’y a pas cent manières d’accompagner la ronde de l’univers. Elle a compris que ces siècles d’attente et de patience ne sont que la rançon de ces années d’insouciance ; qu’il ne s’agit pas d’une punition, ni d’un abandon, mais simplement d’une pause, comme une rose qui prend le temps de se déployer avant qu’elle n’éclose.

Elle n’en a cure cependant et tremble de cette immobilité qui dure depuis trop longtemps. Elle, elle est prête et veut se révéler avant que n’éclate la tempête. Elle est disposée à se battre, à lutter, afin que le monde ne sombre pas dans la nuit qui est sur le point de tomber. Elle entend que sa place lui soit redonnée avec grâce et qu’elle soit reconnue par ses actes, par ses traces, celles qu’elle va marquer dans un chaos innommé, afin que chacun de ces hommes et de ces femmes s’y accrochent comme à des rames et suivent le chemin qu’elle ouvrira vers d’autres mondes, l’au-delà.

 

Alors elle chante en attendant, elle lance bien haut ces paroles, ces mots fervents, elle attire à elle ceux qui sont prêts comme elles, en un signe, un clin d’œil, qu’ils ne sont pas seuls ; que le moment va venir où l’on pourra redécouvrir que la vie est merveilleuse, et que cette agitation épuisante et creuse n’est qu’un rite de passage avant que l’on arbore son vrai visage,

 

Celui de l’amour et de la compassion,

Pour tous ces êtres en perdition.

Écrire commentaire

Commentaires: 0