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Laurent Hellot – 2017 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Des bombes qui tombent comme la pluie et transforment la Terre en un lieu maudit.

Des avions qui font hurler leurs moteurs et sèment partout la terreur.

Un jour qui n’en finit pas de ressembler à l’enfer le plus froid.

 

Rien ne peut vous préparer à voir votre vie se transformer d’apprentissage serein en guerre sans fin. Il n’y a aucune méthode pour essayer de retenir une falaise qui s’érode. Seules la fuite et la survie sont à même, peut-être, de vous donner une chance de ne pas finir en charpie.

 

Alors vous courez, sans comprendre la raison de cette errance effrénée.

Alors vous tentez de vous échapper, sans être certain d’y arriver.

 

Vous ne regardez plus les paysages, vous ne faites plus attention à de quelconques messages. Vous voulez vous en aller à tout prix, loin de ces bruits et de cette furie. Vous n’essayez même pas de réfléchir, vous n’avez qu’une obsession : partir, ne plus revenir, oublier ce désastre en cours et laisser se dissoudre les jours, mettre le plus d’espace entre vous et ce monde de fous.

 

C’est peine perdue, vous le savez bien.

 

Il n’y a aucune chance qu’hier soit différent de demain, que ce que vous obstinez à éluder ne surgisse pas de nouveau, tel un cauchemar qui revient vous hanter.

La seule et unique manière de dépasser ces horreurs mortifères est de leur opposer votre courage et votre attitude fière.

 

Oui, tout ce pan de rocher va s’ébouler, mais cela fait partie de ce qui peut arriver.

Oui, le vacarme en est effrayant, mais vous avez la force, le cran.

Oui, cet ennemi est partout, mais en réalité, il est simplement en vous.

 

Rien ne fait plus peur que nos démons intérieurs.

Rien ne vous bouleverse plus que de constater que l’on se sent minus, que tout obstacle ressemble à une débâcle, que le moindre accroc est assimilé à la catastrophe de trop. Mais vous avez connu bien pire, mais ces frissons sont insignifiant pour votre avenir.

En revanche, si vous persistez à les ignorer, si vous pensez encore que vous ne serez jamais assez fort,

 

posez-vous.

 

Prenez un temps, pour votre corps, pour votre esprit, pour vous. Et écoutez enfin, écoutez vraiment le sens, la cause de tous ces bombardements. Vous aviez en effet construit une telle citadelle de solitude et d’ennui que l’unique façon de libérer votre âme et ses rêves d’exception était d’enchaîner sans relâche explosions sur explosions, de vous pousser dans vos retranchements afin que vous entendiez enfin ce chant, non pas cette sirène qui hurle à perdre haleine et qui ne est que vos repères rassurants qui s’enfuient en braillant, mais cette douce musique que, ni le fracas des obus qui s’abattent, ni vos propres gémissements n’arrivent à étouffer ou à éteindre : un chant de victoire, une invitation à ne plus craindre ; une musique qui s’esquisse, l’espoir qu’un nouveau jour jaillisse.

 

Et là, soudain, vous êtes seul.

 

Il n’y a plus de bombardiers qui gueulent.

Il n’y a plus de désirs minables, veules.

 

Il y a vous et vos rêves qui viennent de se dessiner, sur l’écran de poussière de cette forteresse qui est enfin tombée. Ah certes, vous avez les yeux qui piquent et mal à la tête, mais cela va passer, ce n’est qu’un moindre mal par rapport à ce qui vous attendait. Vous n’êtes plus protégé par aucun mur peut-être, mais vous savez enfin qui vous êtes, ce que vous voulez et ce que vous ne supportez plus ; ce que vous désirez et que vous avez entrevu.

 

Alors vous pouvez vous levez, enfin ; ne plus courir, rejoindre votre destin. Vous avez le droit aussi de jeter un œil en arrière, à cette terre aride et morte, ce qui était votre univers. Mais vous ne regardez plus qu’en avant ensuite, vers cette eau claire, cette île magique. Vous savez que vous avez fait le bon choix, abandonner cette gangue de pus et de moellons froids. Vous vous demandez comment vous avez pu les supporter aussi longtemps, et vous devez l’admettre, vous êtes bien plus fort que ce que vous croyiez être.

 

Vous reprenez alors votre marche, sans hâte, juste avec la certitude que vous allez trouver votre place au sein de l’espace,

 

car vous êtes prêt, vous êtes léger, vous êtes tel un nouveau-né,

mais avec la sagesse acquise par ces combats, que vous laissez loin là-bas,

 

et la puissance phénoménale d’un homme qui n’est plus un animal,

d’un être qui enfin a compris, ce que c’est que d’être en vie,

d’un humain qui enfin, embrasse son destin.

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