Le chrysanthème

Laurent Hellot – 2017 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Blanc bien sûr, immaculé, avec des feuilles sombres et nervurées.

Symbolique comme il se doit, sur un piédestal, afin que tout le monde le voit.

 

Et s’il n’était pas tel qu’il y paraît ?

Et si cette icône de veille et de recueillement ne faisait l’objet d’un considérable dévoiement ? Et si tout ce qu’on projette sur son image, sur sa beauté n’avait rien à voir avec ce qu’il était ?

 

Pour une raison qui dépasse l’entendement, il ne sert aujourd’hui qu’aux veillées de prières, de recueillement. Il n’a plus d’utilité que dans les allées des cimetières désertés. Il n’orne plus que des tombes qui sont tristes à pleurer. Il n’égaye que les feuilles mortes de l’automne annoncé.

 

Un gâchis, un non-sens, une absurdité : dévouer cette fleur magnifique à un mois de l’année ; restreindre cette plante inédite à nos misérables rituels du passé ; persister à ne plus voir en quoi son éclat, son rayonnement peut nous aider, mais bien le planter dans un pot jusqu’à en crever, et en racheter un l’année d’après.

Ainsi vont vos vies quand elles sont dissipées, que vous devez absolument tout détruire après : comme les pharaons des époques oubliées, prétendre que l’on emporte la vie et la beauté, sous prétexte de dévotion et de respect, là où il n’y a qu’orgueil et vanité.

 

Et si l’on regardait ce chrysanthème pour ce qu’il est : un cadeau, une offrande certes, mais pour toute l’humanité et non pas seulement pour un pauvre cercueil près d’être inhumé ?

Et si l’on remerciait la Vie de nous avoir accompagnés, non pas par des sacrifices et des cadeaux sans objet, mais bien par une célébration et un partage illimité ?

Et si l’on reconnaissait enfin que ces plantes, belles, immuables et foisonnantes, sont au-delà de ce que notre compréhension présente, qu’elles perdurent, qu’elles se multiplient, qu’elles rayonnent pour peu que l’on change la donne ; que l’on n’essaye plus de les domestiquer, après les avoir cataloguées, mais qu’on leur rende la liberté, d’être, de se planter, de fleurir et de germer, avant de transmettre leurs richesses à la suivante, qui jaillira du sol ainsi fertilisé…

 

tout comme l’on devrait, avec simplicité.

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