Noir, rouge et vert

Laurent Hellot – 2017 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Les ténèbres, le soleil et la mer.

Noir, rouge et vert.

 

Le néant, la lumière et la Terre.

Noir, rouge et vert.

 

Le désespoir, l’énergie et la matière.

Noir, rouge et vert.

 

Les couleurs ne sont jamais telles qu’elles y paraissent ; vibrations intenses, miraculeuses prouesses. Elles naissent, elles vibrent, elles traversent, le monde, la vie, et les renversent. Elles pulsent, elles recouvrent, elles transpercent, les idées, les songes, les espoirs. Elles se marient, se dispersent et ne laissent derrière elles qu’un complet chaos, d’où jailliront les espèces, les nations, les drapeaux, pour qu’enfin elles réapparaissent,

Noir, rouge et vert,

Au sommet d’un château.

 

Certains les voudraient belles et douces, comme des amantes ; d’autres brutales et violentes, presque démentes. Elles sont pourtant ce que vous voulez, sombres ou enjouées, clinquantes ou fardées, transparentes ou transfigurées. Elles ne sont que les invitations, et vous les jouets. Vous pensez tout maîtriser parce que vous vous les peignez, les raclez, les étalez. Elles ne sont que la face cachée de ces messages que vous ignorez. Elles ne sont que la musique de ce que vous devriez écouter, et non pas voir ; entendre, et non admirer. Elles deviennent portée, chant et appel enchanté pour le simple plaisir de la mélopée,

 

Fa, si dièse,

Noir, rouge et vert,

Si vous le jouez de la bonne manière.

 

Elles sont en cube, elles sont en rond, à danser à l’unisson. Elles sont uniques, elles sont légions, à faire exploser tous les plafonds. Elles ne peuvent être arrêtées, à tout le moins contrôlées. Elles sont la liberté même, de jouir, d’inventer. Elles sont des phénomènes, elles ne peuvent être imitées. Elles sont toutes les phonèmes, l’arc-en-ciel incarné. Elles lancent au vent, elles sèment pour le plaisir de pouvoir s’envoler et n’offrir d’autres traces que ces souvenirs fugaces, intenses pourtant, qui nous rappellent que le temps passe et que nous ne sommes que des enfants,

à barbouiller ces couleurs,

à tremper nos doigts dedans,

alors que nous avons le bonheur

et que nous oublions le présent.

 

Nous voici du coup plongés dans le noir, à courir comme des fous, à persister de ne pas voir ; à crier au loup et à ne contempler que des miroirs, vides, ternes, faute de cette lumière qui nous illuminerait ainsi qu’une lanterne, de l’intérieur, où sont tapies nos peurs.

Nous voici alors débordants de rage, rouges, en nage, infichus de nous poser et de contempler la vue, mais obstinés marathoniens à ne faire attention à personne, ni rien, juste à notre foulée sur ce sol sec et dur, où chaque pas se fiche comme dans un mur, ratant ainsi dans les grandes largeurs tous ces messages du futur.

Nous voici encore immuables légumes, verdâtres et couverts de brume, avec des racines qui n’en sont pas, mais pendouillent lamentablement vers le bas, vers ce substrat qui nous fait défaut et nous force à nous empiler dans des cageots.

 

Trois couleurs basiques, qui ne sont même pas magnifiques, qui ne sont que le reflet de nos vérités, primaires, mais mélangées, austères, mais codifiées. Elles aspirent à beaucoup plus que cette classification étriquée. Elles sont prêtes à se déployer pour faire naître la beauté. Mais pour le moment, elles sont coincées par nos petits entendements, par notre vision limitée ; par ce qui nous distrait facilement, le bruit de nos activités.

 

Noir, rouge et vert, comme une incantation.

Noir, rouge et vert, comme une invitation,

 

à revenir à l’évidence de ce qui nous a fondés, à balancer par-dessus nos défenses tout ce que nous avons à révéler, pour enfin arrêter de se cacher, pour enfin apprendre à nous écouter, pour enfin admettre que nous nous sommes trompés,

que nos petits, tout petits arrangements sont sur le point de craquer et qu’il serait temps de revenir à plus de simplicité,

 

du noir, du rouge et du vert,

 

pour cesser de faire de nos existences un enfer,

pour jeter aux oubliettes ce qui nous empêche d’avancer,

pour pouvoir enfin être fiers de ce que nous avons assimilé,

 

pour voir enfin clair dans nos destinées.

 

Noir, rouge, vert,

Ni bon, ni mauvais.

 

Noir, rouge, vert,

Tout dépend ce que vous en ferez,

 

un feu d’artifice éphémère ou l’aube d’une nouvelle humanité ?

Un sapin de Noël aux décorations éphémères ou une entière forêt ?

Un cadeau qui prendra la poussière ou une invitation à voyager ?

 

Du noir : ce qui est caché, mais qui n’a pas de raison d’effrayer.

Du rouge : ce qui est vivant et qui ne demande qu’à s’exprimer.

Du vert : ce qui est devant et qui est déjà apaisé.

 

À vous de choisir ce que vous voulez,

Ou mieux : vous y plonger sans décider.

 

Il est temps d’autoriser ces couleurs à rayonner et à porter le monde vers ses sommets, sans vaincus, ni perdants, sans peurs, ni tourments parce qu’il est nécessaire que soient brassés les éléments, le sombre et l’inquiétant, le vif et le rougeoyant, le calme et le verdoyant, afin que perdure le vivant, dans ce qui est un perpétuel renouvellement, sans fin, ni début, mais un flux continu, de mort et de naissance, d’oubli et de réminiscence, d’abandon et de partage, de peur et de courage.

 

Noir, rouge et vert sur les visages, comme autant de traces et de messages.

Noir, rouge et vert comme un ramage, en un duvet et un nuage.

Noir, rouge et vert comme une armure, légère, solide et qui transfigure,

 

offrant de nous montrer tels que nous sommes, grimés ainsi en petits hommes, mais justement libres parce que nous n’osons plus être personne, cachés par ces oripeaux, tels d’étranges créatures sans idéaux, à jouer à cache-cache avec ce qui fâche : l’évidente vérité que nous sommes encore en train d’apprendre l’alphabet et que nous prétendons pouvoir tout déchiffrer.

 

Noir, roue et vert, encore et partout pour que nous acceptions d’être enfin ces fous, inconscients, imprévisibles et embarrassants, mais heureux et libres, sans carcan.

Du noir, du rouge et du vert qui pourront alors enfin tourner sur la grande roue de l’universalité et se mélanger à leurs sœurs, leurs frères, leurs aînés pour ne plus montrer qu’un seul éclair,

 

Le blanc, celui de la Lumière.

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Commentaires: 2
  • #1

    MARISA (dimanche, 28 mai 2017 16:08)

    Les couleurs .... Cela me parle forcément.
    J'ai beaucoup aimé
    Bisous

  • #2

    PVMLP (vendredi, 02 juin 2017 23:16)

    Moi aussi j'aime beaucoup...c'est toujours incroyable tes phrases qui coulent, criantes de vérité