La boule de Noël

Laurent Hellot – 2017 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Étincelante et pailletée, elle tourne sans arrêt.

Brillante et colorée, elle n’en peut plus de tant de beauté.

 

Elle est accrochée là, sur ce sapin, à la manière d’un trophée, à la fois reine et pantin, pleine et éthérée. Il faut dire qu’elle ne se ménage pas, à ne pas cesser de se mirer, dans tout ce qui succombe à ses charmes et se laisse emberlificoter, par ses dorures, ses paillettes, ses veines bariolées qui lui donnent une allure de fête, quel que soit le moment de la journée.

Alors elle ne s’économise pas, dans une frénésie de parade, d’un côté en roucoulade, l’autre en circonvolutions, bien en peine de réussir à choisir quelle sera sa position : au sommet des désirs ou avec du monde au balcon, entre sourires et soupirs ou en début de pâmoison. Il n’y a pas un instant où elle n’est obnubilée par la qualité de sa démonstration, la grâce de ses charmes et l’objet de toutes les attentions, insatiable veillée d’armes pour ne pas laisser passer la moindre occasion.

 

À être sans cesse le centre de ses propres obsessions, elle oublie cependant un détail, ô pas grand-chose, une simple question : combien de temps fête-t-on Noël avant qu’elle ne retourne dans son carton ?

 

Elle ne s’est jamais interrogée, au fond, sur le sens de sa vie et l’objet de sa mission. Elle se contente de se mirer sans interruption, bien en peine de s’arrêter et de débuter des cogitations sur le pourquoi de sa place et de son irruption dans cet espace, au milieu de ce salon, belle à faire se fendre les miroirs d’émotion. Est-ce un mal, est-ce un bien ? Comment juger, à l’aune de quel étal, ce qui doit être fait ou rien ? Elle est heureuse, n’est-ce pas ? Elle apporte de la gaieté, de la joie. Elle ne fait de l’ombre à personne et ne l’a jamais envisagé. Elle n’attend pas que des ordres résonnent pour s’exprimer, se révéler. Elle a pris son parti de ne pas tergiverser, entre le doute infini et les morigénations insensées, entre l’absence de projets accomplis et la fuite effrénée. Elle n’est pas malheureuse pour autant. Elle va toujours de l’avant, sans se poser à tout bout de champ, sans cesser d’être ce qu’elle est.

Elle se sent splendide ; l’est-elle vraiment ? Elle n’a aucun comparatif pour poser cette affirmation rigide, mais elle ne s’en chouchoute pas moins pour autant. Elle n’agit pas en fonction de ce qu’on attend d’elle, mais bien de ses sentiments, une envie de plaire et de rayonner, sans plus s’en faire que d’exister.

Elle pourrait rester ainsi sans fin, dans ce sapin, si d’aventure ce choix lui était offert par le destin. Elle ne s’en inquiète pas, elle ne s’affole pas pour cela. Qu’il y est un début, un milieu et une fin n’est pas de son ressort, pour peu que cela soit certain. Elle ne fait donc pas l’effort de paraître avoir perdu le Nord parce qu’elle sent qu’elle est au bout de son chemin.

 

A-t-elle ainsi trouvé un trésor, celui du bonheur, enfin ?

A-t-elle déniché ce après quoi courent tous les hommes chaque matin ?

 

Le simple fait de prendre un à un les jours, sans s’effrayer du lendemain, de ces heures indistinctes qui ne sont pas encore nées ? De ces possibles malheurs qui ne surviendront jamais ? De ces terreurs qui, peut-être, s’abattront sans arrêt, alors que ce n’est, ni le temps, ni la possibilité ? De cette propension exaspérante à envisager la mort lente alors qu’il s’agit de vibrer, de vivre et de créer ?

 

Alors oui, bienheureux ces insouciants patentés, qui vivent le moment présent et en tirent la félicité, de celle permanente et qui permet d’avancer, vers ce que le monde invente pour nous faire grandir et progresser. Ils gardent en eux le secret de la sagesse inespérée : être, à chaque seconde, bien planté dans ce que l’on fait, ce que l’on est, au centre de la seule réalité qui importe ; celle qui nous voit respirer.

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