Nature

Laurent Hellot – 2017 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Il n’y a pas tant de manières pour accepter de se laisser faire ; se rendre disponible d’abord et cesser de multiplier les efforts.

Il n’y a pas trente-six façons d’arrêter de vouloir rabâcher sa leçon ; considérer que l’on est prêt sûrement, poser le cahier et aller de l’avant.

Il n’y a pas quatre chemins pour enfin aller bien ; s’écouter et s’entendre, puis baisser les bras et se rendre, au creux de cet endroit qui l’on porte en soi ; ce cœur, cet enchantement qui rappelle que nous sommes tous des enfants.

 

Cette recherche, ce besoin, vital, qui nous obsède chaque matin de vouloir absolument que la rose garde tous ses pétales et demeure comme avant, soyeuse, lumineuse et parfaite à chaque instant ; cette quête, cette obsession n’a pas d’autre perspective que de nous faire tourner en rond, nous faire imaginer un bonheur idéalisé qui n’a ni le goût, ni la saveur de la réalité.

Cette douceur, ce besoin qui guide chacun de nos pas, d’être parfait, au bon endroit, n’a de sens que si nous perdons ce qui fait de nous des feux follets, fragiles et essentiels dans un environnement pestilentiel ; autant désirer être un rayon de lumière figé, un éclat de Lune vitrifié, une étoile derrière une vitre fêlée.

Cette course, ce besoin de se trouver à l’avant du train, le premier, le seul à même de découvrir les paysages qui se révèlent à travers les nuages, parce qu’il faut que l’on soit là, debout sur la passerelle à agiter les bras en une vaine tentative de s’imaginer le roi ou la reine.

 

Que d’énergie déployée, que de regrets multipliés, que de temps dépensé,

alors que tout nous est déjà donné.

 

Ces yeux verts, ces cheveux clairs, cette bouche qui sourirait presque sans en avoir l’air ; le début d’une aventure qui file dans l’air.

Ce toucher léger, cette peau que l’on voudrait caresser, cette main qui ne demande qu’à être effleurée ; l’évidence que la joie est à portée.

Ce rapprochement, inopiné, puis provoqué, cette sensation de s’être trouvés, d’avoir à côté de soi un allié, à tout le moins quelqu’un qui ne juge pas sans arrêt ; le soulagement de ne plus être esseulé.

 

Alors ? Franchir le pas ? Oser ce qui ne se fait pas ?

Alors ? Renoncer à ce qui est suggéré ? Détourner le regard, distrait ?

 

Rêver au moins à ce qui pourrait se faire sans lendemain, ou s’amuser d’être ainsi le jouet du destin. Ne pas être dupe de ces tentations et ronronner pour de bon,

parce que le bonheur n’est pas seulement celui qui doit briser des cœurs, faire la révolution et tournebouler du sol au plafond. Il est aussi cet instant fugace où le désir est ce qui prend toute la place, sans plus de réflexion, ni d’objection, simplement pour se sentir vivant et n’être plus cette statue qui tient bon contre le vent.

 

Suivre, suivre surtout cette vague qui emporte tout, ce balancement délicieux qui oblige à fermer les yeux, à s’abandonner complètement, à ne plus penser aux obligations du moment, pour qu’enfin s’accomplisse ce qui nous plaît tant, est source de délices, de voluptueux plongeons dans des précipices où aucune chute n’est fatale mais au contraire nous révèle, nous dévoile ce mystère de la jouissance et de notre droit sur cette Terre à déployer nos ailes dans un souffle, dans une étreinte qui fait disparaître tous les gouffres, toutes nos craintes, tous nos cauchemars dans un festival de mots doux et de regards, de ceux au plus profond desquels il n’y a rien d’autre à dire que :

 

« Je suis heureux »

 

Il n’y a plus d’homme, plus de femme ; il n’y a que des êtres qui vibrent de redécouvrir ce qui ouvre les portes de l’avenir, par ces caresses et ces soupirs, par cet intense plaisir qui ne devrait jamais être interrompu que par des rires, d’avoir ainsi accepté de faire exploser la barrière sans coup férir, celle que l’on claque chaque matin parce qu’il le faut bien, que la routine est là, que l’on doit gagner son pain ; celle qui nous limite à un enclos « métro, boulot, dodo », ; celle que l’on accepte parce que l’on a peur de s’exposer des pieds à la tête.

Prendre à bras le corps ce qui nous tient à cœur, attraper ces doigts et les serrer, pour dix ans, pour une journée, mais non pas se dire, mais sentir que là est la vérité, que tout le reste n’est que fadaises pour prétendre que l’on ne va pas se jeter d’une falaise alors que l’on y court à grandes enjambées, les yeux et le tête baissée.

Il n’y a pas une vie, un modèle tout tracé ; il y en a des centaines des milliers, chaque seconde, chaque semaine que nous passons à respirer. Et nous nous limitons, pour la morale, pour la société, alors qu’il n’y a, ni de bien, ni de mal, à partir du moment où il s’agit d’aimer.

 

Quand accepterons-nous de prendre cette grande respiration et de respirer pour de bon, finalement, sans égard pour l’heure, le matin ou le soir, justes conscients que c’est le moment, d’ouvrir les bras et de se déployer

 

pour s’aimer

aussi

soi ?

pour s’aimer

tel que

l’on doit ?

pour s’aimer

au moins

une fois ?

 

Il ne s’agit pas d’une injonction, d’un ordre, d’une obligation. Nous sommes assez forts pour nous en créer déjà tout un tas ; prenons cela comme une invitation à imaginer ce pour quoi nous sommes là : non pas souffrir, subir, mais montrer combien cette salutaire pause, cette toute, toute petite chose qu’est la reconnaissance de notre force, de notre résilience, de notre puissance, est bien le moins que l’on se doit à accomplir tous ces exploits, ces quêtes ahurissantes, ces aventures démentes ;

 

Et décidons d’être joyeux pour de bon, dans ces jours qui nous apportent leur lot de surprises et de rencontres de toutes sortes, sans s’imposer cette chape de plomb, sans s’attacher ces boulets aux pieds, sans devoir parcourir des milles et des milles dans des labyrinthes cadenassés ;

 

Seul ou accompagnés, pour la vie ou la journée,

Mais fiers d’avoir osé.

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