Cartographie

Laurent Hellot – 2017 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Un carte, un plan, mais des chemins à l’infini.

Un mode d’emploi, une liste d’événements, mais le choix qui n’est pas encore pris.

Un guide, un livre pour aller de l’avant, mais des pages et des pages à tourner en attendant.

 

Vouloir un homme ou un rêve, croire en la fin d’une errance ou une trêve ; tout cela n’a pas de sens tant que l’on a pas compris vers quoi l’on avance.

Attendre la révélation, l’intime compréhension ; se forger des convictions, des résolutions ; tout cela est bien joli, surtout avec une telle précipitation, et ne risque pas de déboucher sur ce fantasmé paradis, tant que l’on a pas soi-même évolué.

 

Cette carte existe bel et bien, elle n’est pas le fruit d’un inventeur malin. Elle est superbe, elle est vaste, elle embrasse le temps et l’espace, mais elle ne fait rien de plus que de relater toutes les routes qui peuvent être empruntées, elle n’offre rien d’autre que tous les possibles répertoriés. La voir, la lire, ne fera pas pousser, ni grandir, juste effrayer complètement devant l’immensité des voies qui se déroulent dans tous les sens, tout le temps. Elle n’est de plus pas figée, elle ne cesse de se réinventer, au gré des chambardements, de la joie et de secrets surprenants, comme :

 

-                le fait qu’il n’y pas un chemin, tout droit, mais un labyrinthe remarquable qui déborde d’histoires et de fables ;

-                l’évidence que notre être profond, notre essence, ne demande en aucun cas toutes les réponses aux questions, mais adore se laisser bercer par les surprises inopinées.

 

Connaître cette carte, tenter de la manipuler, ou vouloir la combattre n’a de toute façon aucun sens, puisqu’elle change dès que l’on avance, que l’on défriche des sentiers non marqués, que l’on se repose dans des criques abritées, que l’on erre dans un désert que l’on a créé.

Savoir qu’elle est là, que l’on est pas paumé, quoi qu’il puisse se passer, en revanche, là est la force de la vérité ; ne pas vouloir à tout prix le signal, le panneau qui indiquerait que l’on ne s’est pas fourvoyé, tout ceci est ce vers quoi il faut aller,

parce que le mauvais aiguillage, l’erreur du voyage emprunté, ne conduit pas du tout à la sinistrose, mais à la découverte de nos possibilités qui auraient été autrement dévoyées, brimées par une facilité, une nonchalance imméritée.

 

Cette course d’orientation, ces aller-retours à foison ne sont là que pour que nos propres traces de pas servent de rappels et d’apprentissage à ce qui nous rend plus forts, plus sages, sans tergiversation, sans hésitation, car il n’y a pas plus émouvant que d’assister à son propre enfantement.

Cette marche initiée, ces rencontres choisies ou forcées ne sont ni le fruit du hasard, ni une incitation à la bagarre, simplement les atouts, les rois, les reines qui vont nous donner du plaisir, de la peine, afin que nous entendions enfin ce qui nous illumine et nous fait du bien, non pas une présence du soir au matin, mais la force d’une absence qui oblige à trouver ce qui nous maintient, droit, debout, au bord de l’effroi ou à genoux, et nous prodigue ainsi les clés pour continuer à assimiler, nos richesses, nos talents, la cause de notre solitude et de notre effarement, qui n’est pas due à une vengeance de la vie qui voudrait n’être que châtiments, mais au contraire une onde douce et infinie qui nous porte quoi que l’on ressente.

 

Appréhender ces chemins gravés ne risque pas d’arriver, puisqu’ils ne se révèlent que lorsqu’on commence à les fouler du pied, à marquer de notre empreinte leur sable chaud, leur descente en pente douce vers l’eau ou leur falaise abrupte vers le haut. Alors pourquoi s’en inquiéter, puisque cela ne servira pas à nous aider, mais plutôt à nous perdre dans le vaste monde de ce qui est, de ce qui pourrait, de ce qui devrait, mais ne surviendra peut-être jamais ?

 

Savoir que cette carte existe doit être l’unique satisfaction, comme un jeu de piste, dont on ne comprend la raison que lorsque l’on est arrivé au bout de la liste, de ce que l’on pouvait, de ce que l’on a tenté, de ce que l’on a raté, de ceux que l’on a aimés, de ceux qui nous ont aidé, par leur présence, par leur réticence, par leur chance, par leur violence, à devenir qui l’on est.

 

Alors, une cartographie pour tout connaître à l’avance de la Vie ? Ce serait une trahison, une insupportable désespérance et surtout, un manque de confiance intense, en ce que peut chacun, en ce qui est un destin, qui n’est pas immuable et figé, mais bien à s’approprier et à créer.

Alors, une cartographie pour qui ? Pour savoir où seront nos amis, nos amants, nos ennemis ? Ce sera par trop réducteur pour ressentir l’immense bonheur de la rencontre, de la surprise, des câlins et de l’entremise qui font le sel de cette existence et confortent notre certitude que c’est en poussant la prochaine porte que l’on verra, qui sait,

 

que ce que l’on cherchait, celui ou celle que l’on attendait, était aussi paumé que nous, pas plus prêt et que c’est maintenant que l’on peut s’autoriser à croiser nos histoires, nos espoirs, à déclencher cette lueur dans le regard, qui n’est que le reflet de ce que l’on est :

 

des étoiles incarnées, qui ne cessent de briller.

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