L'étoile du berger

Laurent Hellot – 2017 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Ni plus brillante, ni plus belle que les autres ; juste au firmament à présent.

Ni plus distinguée, ni plus remarquable par ces temps ; juste au bon endroit, au bon moment.

Ni plus symbolique, ni plus magique que toutes les autres ensembles ; juste accessible et pratique, comme bon nous semble.

 

Cette étoile fait parler d’elle pourtant, comme s’il s’agissait de la seule hirondelle qui serait apparue au premier printemps. Elle n’a cependant pas pour fonction de mettre le feu par une étincelle, ni de renverser la table en hurlant. Elle n’est là que parce qu’elle a jailli de ce bouillant magma, fait de désirs et d’envies, de venir au monde, de prendre sa place au sein de l’Univers, sans plus de manières, ainsi qu’un accouchement de matière pulsant.

Elle ne se doutait pas que ce qui serait fait d’elle et de son halo brumeux, de cette vigie qu’elle est censée représenter, éternelle, de ce symbole qui est brandi à travers elle, de ces guerres et ces rivalités qui semblent depuis éternelles, en son nom, telle la bannière de la Pucelle, parce qu’il fallait une religion et n’exister qu’à travers elle.

Elle ne voulait pas autre chose que rayonner, du fin fond de la galaxie, paisible et sereine, bercée par les flux de joie et de bonté quotidienne.

 

Mais voilà, l’un a voulu s’approprier son éclat, sa beauté, sa force qui transparaît ici-bas pour en faire une figure de prière et de Torah ; comme si l’on pouvait transformer un astre en dessous de théière ; comme si l’on pouvait mettre la lumière sous verre…

Et les voici donc tous partis, à se faire la guerre et se déclarer maudits pour préserver cette étoile-là qui n’en voulait même pas, de ces fous de Dieu, de ces fous furieux brandissant des rameaux ou des couteaux, des chandeliers ou des fouets, afin de préserver leur pseudo vérités ; mais lesquelles, au fond ? Que celui qui n’est pas trucidé a gagné ? Que celui qui finit cloîtré à prier toute la journée est à vénérer ? Qu’il y aurait un monde binaire : celui de l’obscurité et de la lumière ?

Tant d’incompréhensions et de gesticulations pour une merveille qui n’était là que pour l’éveil, pour l’exemplarité, pour la contemplation pacifiée, et qui se retrouve au centre de combats qu’elle ne comprend pas, auxquels elle n’aspire pas, qui n’ont aucun sens, ne conduisent à aucune foi, si ce n’est à la perte du chemin et de la voie, qui est, non pas dans les cieux, mais au beau milieu d’eux, tous, qui s’invectivent et s’éclaboussent du sang de martyrs dont les corps n’en finiront pas de pourrir, en dépit des psalmodiations et des prédictions ; car la mort n’est pas une fin en soi, elle n’est qu’une transition vers plus grand que soi, et non pas ce but ultime à atteindre, dans la souffrance, sans cesser de geindre toute une vie sous prétexte que cela nous grandit, nous élève au niveau d’une gloire sans trêve, fait de nous des anges et nous conduit au rêve.

 

Une pure folie.

Un non-sens abruti.

Un phénoménal gâchis.

 

Aimer, croire, espérer ; bien sûr !

Nul besoin pour cela de s’encarter, de se taper la tête contre les murs, de se crucifier.

 

Croire, chercher l’espoir, traverser le miroir ; naturellement !

Sans qu’il soit nécessaire de traumatiser les enfants avec des cérémonies qui confinent à l’enterrement.

 

Revenir à ce qui fait la simplicité et l’évidence de ce qui ne cesse de nous surplomber : ce ciel immense, illimité, qui offre et détient toutes les réponses espérées ; que l’avenir n’est pas dans un bout de papier sacralisé, mais bien dans la joyeuse et belle liberté, celle de vagabonder, de découvrir et d’exister, sans ordre, ni pape, ni rabbin à honorer, parce que ce ne sont pas eux qui nous aideront à avancer, mais bien notre propre volonté, nos propres sentiments d’avoir fait les bons choix, même s’ils sont critiqués, même s’ils ne rentrent pas dans la doxa, dans les Écritures ou dans l’ordre imposé,

 

parce que personne d’autre que nous ne peut nous sauver, de nos angoisses, de nos doutes, de nos peurs répétées, à travers l’expérience, l’échec peut-être, mais surtout notre apprentissage sans cesse renouvelé, d’essayer d’éviter les naufrages, les écueils, les voies barrées, dans lesquelles nous nous engageons pourtant sans hésiter, tout simplement pour tester, apprendre, que nous pouvons les surmonter, dominer nos angoisses et en sortir magnifiés, sans avoir à se prosterner la face devant une quelconque divinité.

 

Avoir besoin d’une étoile à adorer, d’un prêtre à consulter, pourquoi pas ? Mais ce n’est pas une fin en soi, ce n’est qu’un pas de côté de la bonne voie vers laquelle nous devons aller, seul, mais bien accompagné, de sa foi en soi, en ses possibilités et non pas d’un sauveur qui n’a plus rien à nous donner, que le message du cœur et la certitude que nous sommes aimés, par une multitude, même au fond d’un cachot, même désespéré,

 

car l’étoile ne brille pas pour que nous, mais pour l’Humanité, comme ses milliers de constellations, de soleils disséminés qui nous baignent dans un flux d’énergie et d’amour qui ne se tarit jamais.

 

Une étoile qui existe et que l’on peut remercier, non pas de l’embrigadement triste qui lui est imposé, mais bien de la lumière qu’elle continue à diffuser, généreuse et libre, quoi qu’on essaye de lui faire signifier, car son message est clair et de toute beauté :

 

À nous de nous aimer,

Personne d’autre ne pourra le réaliser.

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