La cale

Laurent Hellot – 2017 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Un tasseau coupé avec précision.

Un bout de bois fuselé pour sa mission.

Un tout petit accessoire qui tient tout debout.

 

Elle est posée sur un parquet, contre la porte d’entrée. Elle permet au vent frais et au soleil de pénétrer. Elle ne bouge pas, n’en a pas la nécessité, à part pour briser les habitudes.

Elle n’attend rien, n’en a pas le besoin. Elle défie le temps, par le simple fait d’être bien. Elle ne cherche pas l’étonnement, la vie sauvage. Elle n’a besoin que d’un environnement apaisant et un beau paysage.

Elle ne vise pas à plus qu’elle n’est. Elle ne veut pas sauter d’un bus pour attraper une fusée qui volerait. Elle se contente de ses possibilités. Elle n’en est que plus remarquée, remarquable, à coup sûr admirable.

Elle se demande parfois, si elle ne devrait pas avoir, elle aussi, des jambes pour sortir le soir, frayer dans le grand monde et danser dans la ronde. Elle doute, elle s’interroge sur sa place qui n’est pas aux premières loges, dans la vitrine, au sein de la grande ville.

Et puis elle passe à autre chose, un joli chemin , une belle rose et se rend compte que ce qui lui importe n’est pas ce qu’on lui montre, mais ce qui la conforte, dans son bien-être, dans sa plénitude, de ses certitudes.

 

Elle contemple les êtres qui passent à sa portée, empressés, et qui disparaissent sans laisser de trace, comme évaporés. Elle se dit alors qu’elle a bien de la chance, de vivre cette paisible existence, bien loin des fracas et de la transe d’une course à la pitance. Elle, elle n’a besoin d’un banquet à chaque repas proposé, d’un livret de menu de milliers de pages compilées. Elle se suffit de peu, mais le strict nécessaire pour être bien et pour bien faire. Elle paraît avoir compilé du bonheur pour deux et pour la Terre entière.

Elle laisse le temps filer, sans stress, ni anxiété, ainsi qu’un précieux allié qui offre et donne sans arrêt, l’inspiration, le souffle, les émotions, l’esbroufe ou le simple présent fugace, de quoi rire ou de quoi vaincre, ses peurs, ses angoisses, la terreur que l’on efface. Elle admire le soleil se coucher, la lumière décliner, sans panique, ni cauchemar que ne demeure que le noir, car elle sait de source sûre que les étoiles vont alors s’allumer dans l’azur, brillantes et pures, intenses et promesse d’un heureux futur.

Elle savoure ces moments de joie et d’amour, le plaisir évident d’avoir les bonnes personnes autour, la satisfaction d’une plaisante réunion, le soulagement de remplir sa mission. Elle ne désire pas plus que de voir grandir les enfants et les âmes qui lui dévoilent leur charme, inconsciemment, mais à bon escient, décomplexés et en confiance d’avoir quelqu’un à qui se confier.

 

Elle s’en fiche royalement de ne pas être celle qui court devant, de ne pas montrer l’exemple avec de profonds discours et des mouvements amples. Elle sait que d’autres sont là pour cela, recueillir les bravos et les vivats, mais cela ne lui pèse pas, en aucun cas. Elle ne veut et n’attend que la curiosité du jour suivant, plein de surprises et d’aventures, la plus puissante des épures,

 

l’espoir qui écroule tous les murs.

 

Elle ne s’en doute pas, mais il n’y a personne d’autre à même de faire aussi bien qu’elle ici-bas. Elle s’imagine fragile et insignifiante, à côté de géants et de fées effrayantes. Elle est incommensurablement puissante et sans équivalent, de qui que ce soit.

 

Elle se compare parfois, à des valets, à des rois et se demande si elle est bien de ce monde-là. Elle n’en a pas besoin, elle ne devrait pas, car cela n’a pas de sens, pas un chouia. Elle les domine tous de son essence, de cette force ancrée en soi, le rayonnement d’une âme immense, de celle qui a trouvé la foi, non pas dans l’argent ou dans la violence, mais dans sa propre voie, ce chemin de vie parfait qui conduit à l’immortalité de ses rêves et de ses souhaits,

 

la connaissance de la Vérité,

celle qui instruit et qui peut porter,

au Ciel et à son éternité.

 

Une cale que l’on pourrait presque piétiner, si l’on n’y prend garde et qu’on ose la mépriser, alors qu’elle veille sur nous et évite qu’on se prenne la porte dans le nez.

 

Alors, respect,

justifié.

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