Gazelle

Laurent Hellot – 2017 © Médium toi-même ! - http://www.mediumtoimeme.net

Sous un soleil de plomb, dans un désert doré, une ombre se fond dans la chaleur de l’été ; un saut, puis un autre,  et un arrêt ; un bond, comme on sursaute, avant de continuer.

Elle se fige, elle vous a remarqué, sur ses fines pattes comme des tiges dans le sable plantées.

Elle remue les oreilles, essaye de vous écouter, mais puisque vous avez décidé de ne rien dire, elle finit par s’en désintéresser.

Elle reprend sa promenade, là où tout autre aurait déjà succombé, dans ce paysage implacable qui est son foyer.

 

Le soleil descend ; elle, elle n’est pas prête de cesser, sa quête d’un arbre de palissandre et ses feuilles à déguster, pour s’en délecter et attendre ensuite le déclin de cet astre mordoré, qui passe d’un règne de brute à grain de lumière évaporé.

 

La nuit a pris ses aises, accrochant ça et là des étoiles ainsi qu’à des cimaises, pour décorer le firmament, transformant un ciel noir en bijou luminescent. La gazelle apprécie, jubile car elle ne dort pas ; elle s’en voudrait de rater un moment comme celui-là, où tout l’invisible se dévoile sans tracas, offrant l’indicible à qui en a le droit, le curieux, le risible, qui d’un coup n’en reviennent pas d’assister à un spectacle auquel ils le croyaient pas : se découvrir le centre d’un univers sans frontière, ni loi, où tout ce qui compte est d’être là, ombre parmi les ombres, roi parmi les rois, à sa juste place, ainsi que de droit, avec tout l’espace pour terrain de joie,

parce que ce qui importe est d’être soi,

sans fanfaronnade, ni trombe, simplement comme il se doit,

du berceau à la tombe, sans autre choix.

 

La gazelle s’ébroue, secoue un peu du sable qui a glissé dans le trou où elle a fait son étable, un creux dans une dune plus grande que les autres, offrant un abri de fortune à tout bienheureux qui s’y vautre, prenant pour un palace ce qui n’est que fugace, jubilant d’être à sa place pour marquer sa trace.

Les rayons du l’astre du jour commence à chauffer, à modifier l’air pur en étuve surchauffée, n’autorisant que les braves, les durs, à l’affronter,

ou alors une gazelle que personne ne soupçonnait de pouvoir se dresser devant un tel mur de températures et ne pas s’en offusquer. D’ailleurs, elle ne s’en soucie guère car elle a connu bien pire comme enfer,

la solitude parfois,

le sentiment d’être le rebut d’une foule au sein de laquelle tout le monde aboie,

l’égarement, non pas de son chemin, mais de son entendement, où il n’y a plus de projet, ni de demain, mais l’unique et effrayant pressentiment que l’horreur est en train de survenir, en un inéluctable destin.

Aussi, le soleil qui luit ne l’effraie pas plus qu’un papillon qui bouge sans bruit et poursuit une quête que lui seul a définie, sans queue, ni tête, pour un temps infini. D’ailleurs, la gazelle descend vers ce petit vallon, où la chaleur est telle qu’elle devrait tomber en pâmoison ; mais non. Elle demeure toujours aussi belle, avec ses oreilles en pleine agitation, à guetter les merveilles de musique et de sons que la Nature lui révèle sans hésitation.

Elle relève son long cou gracile un instant, demeure immobile, sentant le vent. Serait-ce un sourire qui s’esquisse sur son museau ou un mirage qui ne serait apparu que pour disparaître et se matérialiser un peu plus haut, dans l’azur le plus pur, en un bel oiseau ?

Elle décide de creuser le sol, là où une sombre tâche humide a percé le manteau de cette terre rigide et dépourvue d’eau. Miracle ou chance ? Instinct ou expérience ? Toujours est-il qu’une source jaillit alors, et fait de ce sol mort un lit tel un trésor où elle peut s’abreuver, sans urgence, ni stress, telle une naturelle princesse pour laquelle tout est toujours à sa place, quoi qu’elle pense, quoi qu’elle fasse.

Ainsi rassasiée, elle poursuit son errance, ou son parfait tracé, connu d’elle seule, de sa sagacité, qui permet de franchir les obstacles, de les dépasser, sans aide, ni oracle, juste sa volonté et son identité,

de gazelle hors norme, de reine incontestée, de son vaste royaume, de sa large contrée où rien, ni personne ne l’étonne, tant elle a vécu et expérimenté.

 

Elle ne se pose plus que des questions par principe, pour garder sa raison attentive et réagir vite, ne pas céder à la facilité, ne pas se laisser aller. Pour le reste, elle n’a besoin de personne, juste de s’écouter, d’entendre son âme qui résonne et la guide à travers les nuées, les pièges, les chausse-trappes qui parsèment son trajet, mais qu’elle se fait un malin plaisir à contourner.

 

Elle ne le sait peut-être pas encore, mais elle détient une vérité : n’être mue que par son seul désir, sans s’en laisser conter, par ces mages, ces sbires qui veulent tous la toucher, pour se l’accaparer et le détenir ainsi qu’un jouet. Mais cela n’arrive pas, ne survient jamais, car, tel un cerbère de bon aloi, elle est précieusement accompagnée, par un aigle qui le suit sans faillir, journée après journée, terrassant sans plaisir tout ce qui pourrait l’importuner. Cet allié de toujours, qui plane sans se fatiguer est l’être qui va lui faire découvrir un jour qui elle est,

 

Gazelle hors norme peut-être,

Mais déesse innommée

 

Qui n’attend qu’un seul trésor pour se révéler :

L’amour d’un alter ego qui va la transcender,

 

Lui offrant ce dont elle rêve depuis toujours,

 

La sérénité.

 

Alors petite gazelle qui n’est pas prête de s’arrêter, d’apprendre et de grandir,

Surtout, surtout, continue d’avancer, dans les foehns et entre les tours de royaumes oubliés

Pour découvrir bientôt pourquoi tu es ainsi gratifiée de tant de talents et d’atours,

Et avec qui les partager :

 

Le monde tout autour et son Humanité.

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